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A l'international

Afghanistan

MdM a lancé un programme ambitieux de réduction des risques dès 2006. Son premier volet comprend la prévention et l’accès aux soins de santé primaires et aux traitements.

Plus de 90% de l’opium vendu dans le monde est produit en Afghanistan, où la consommation domestique augmente. En 2009,on y recensait 1,5 million d’usagers de drogues. Le nombre d’injecteurs d’héroïne croît de façon exponentielle, ce groupe représentant un facteur de risque majeur dans la transmission du VIH/sida et des hépatites. Face à un contexte répressif et à une offre de soins discriminante, MdM soutient un programme de réduction des risques.

Avec 90 % de la production mondiale d’opium, l’Afghanistan est un terrain privilégié pour la consommation domestique. 1,5 million d’usagers de drogues ont été recensés en 2009, dont la plupart à Kaboul. Le nombre d’injecteurs d’héroïne augmente de façon exponentielle alors que c’est la voie majeure de transmission du VIH/sida et des hépatites. Ces usagers de drogues connaissent par ailleurs la répression et la discrimination dans l’accès aux soins.

RÉDUIRE LES RISQUES AFIN DE LIMITER LES ÉPIDÉMIES DE SIDA ET D'HÉPATITES VIRALES

LES ACTIVITÉS

MdM a lancé un programme ambitieux de réduction des risques dès 2006. Son premier volet comprend la prévention et l’accès aux soins de santé primaires et aux traitements. Le second volet du projet consiste dans la création d’un centre de ressources et de formation pour les acteurs locaux impliqués dans la lutte contre le VIH/sida.
Plus de 230 usagers de drogues ont bénéficié d’un suivi de santé hebdomadaire au centre d’accueil et de soins. Les premiers antirétroviraux (ARV) du pays ont été prescrits en mai 2009 et le premier groupe d’auto-support de personnes vivant avec le VIH/sida a été créé. Depuis mars 2010, les premiers traitements méthadone ont été délivrés en partenariat avec les autorités de santé..

LES RÉSULTATS

110 000 seringues distribuées, 70 personnes sous méthadone et 6 sous ARV, 49 membres d’ONG locales formés à la réduction des risques.

LES PERSPECTIVES

MdM va soutenir la création d’une association afghane autonome en matière de réduction des risques.

  Espérance de vie : 44.6 ans
IDH : 0.349 ; rang : 155/169 *
Population
Bénéficiaire : 900
Cible : 150 000
Personnel
National : 39
International : 3
Responsables :
Mission : Guy Caussé, Olivier Maguet
Terrain : Olivier Vandecasteele
Siège : Valérie Brunel

Sources de financement : Banque mondiale, Fonds mondial, Sidaction, OMS, Unaids, UNODC, MdM

Budget 2010 : 653 807 €.

Mai 2011

* Source : Pnud 2010

Mission de Réduction des Risques en Afghanistan : Réduire les risques liés à l'usage de drogue  

Said Aziz, 38 ans, se rend au centre depuis 2 mois

© Jacky Naegelen / Reuters

« Il y a 20 ans, je suis parti vivre en Iran. J’étais tailleur et mon patron me donnait de la drogue pour que je puisse travailler jour et nuit. C’est là-bas que je suis devenu dépendant. Après la chute du régime des Talibans, je suis rentré à Kaboul mais sur le chemin du retour, des voleurs m’ont tout pris. Ici je n’ai pas de travail, je ne suis pas heureux. A la radio, ils disaient que la situation s’améliorait mais si j’avais su que la vie en Afghanistan était comme ça, je ne serais pas rentré. Quant je vivais en Iran, j’étais dépendant mais ma famille ne me rejetait pas parce que j’avais un travail et que je pouvais subvenir à leurs besoins. Depuis que je vis ici, je n’ai pas de travail fixe et à cause de ma dépendance à la drogue, j’ai dû quitter ma famille. Cela fait maintenant 1 an et 2 mois que je vis dans la rue avec les autres usagers. Je ne veux pas retourner vivre avec ma sœur, ma femme et mes 4 enfants parce que j’ai honte. Je viens d’apprendre par un ami que ma famille allait être expulsée parce qu’elle n’a pas pu payer le loyer depuis 7 mois. Je ne sais pas quoi faire. Certains jours, je travaille pour décharger des camions de sacs de ciment et de briques. Je gagne environ 150 afghanis par jour (2,37 €) et je travaille 4 jours par semaine. Avec cet argent ou celui que j’emprunte à des amis, j’achète pour 100 afghanis de drogue par jour. Il ne me reste pas beaucoup d’argent alors je ne mange que 20 jours par mois, le plus souvent du pain et du thé. Parfois je me sens tellement faible que je ne peux pas travailler. En plus, dans la rue, nous sommes harcelés et rackettés par la police. Ils protègent les dealers de drogue même sur les lieux où nous achetons notre drogue.»

Moslem a 32 ans et entre dans le centre pour la première fois. Après avoir émigré en Turquie puis en Iran, il a été conduit à la frontière il y a 2 ans. Ses papiers n'étaient plus en règle.

© Jacky Naegelen / Reuters

« Je vivais en Iran avec ma femme qui est iranienne et nos deux enfants. Ils sont restés en Iran et je n’ai pas de contact avec le reste de ma famille qui vit à Londres et en Iran. Là-bas, j’étais tailleur et je faisais du karaté. Lorsque je suis rentré en Afghanistan, j’ai voulu monter une école de karaté avec un ami qui rentrait aussi d’Iran. Cet ami se droguait et c’est avec lui que j’ai commencé. Depuis, je chasse le dragon avec de l’héroïne. Je fume trois fois par jour et si je n’ai pas mes doses, c’est insupportable, je vais très mal et je pense à me suicider. J’emprunte de l’argent à mes amis pour m’acheter ma drogue. J’ai voulu arrêter et je me suis inscrit dans un centre de sevrage mais je ne pouvais pas me permettre de m’y rendre tous les jours, je devais travailler pour gagner ma vie. Pourtant, je veux vraiment arrêter de consommer, je ne peux plus continuer à vivre sur le dos de mes amis. Avant j’étais quelqu’un de respecté, de vertueux et de confiance mais depuis que je consomme, mes amis m’évitent. Mon meilleur ami ne veut même plus me voir. Aujourd’hui, j’ai plein de dettes. Je veux les rembourser et retrouver la confiance des gens. Je vis à l’hôtel et parfois je dois dormir dehors. La rue, c’est une mort progressive. Tout y est difficile : trouver de l’argent, de la drogue, un endroit pour consommer...Toute la journée, c’est de la souffrance. La drogue détruit tout. J’attends que quelque chose me sauve, que je sois soigné et que je reprenne une vie normale. Si j’arrive à m’en sortir, je voudrais que ma famille me rejoigne en Afghanistan mais pour le moment, ce n’est pas possible : la situation à Kaboul est très difficile. L’insécurité, le manque de travail et l’instabilité politique ne permettent pas leur retour. Si ça ne va pas mieux, je repartirais en Iran.»

Matiollah a 40 ans. Il est usager et fait partie de l’équipe locale composée de « pairs éducateurs».

© Jacky Naegelen / Reuters

« J’ai commencé à me droguer il y a 10 ans quand je n’ai pas pu épouser la femme que j’aimais parce que son frère s’y opposait. Aujourd’hui, grâce à mon travail à Médecins du Monde, j’ai des responsabilités, je montre aux usagers le centre, comment se laver, où nettoyer leurs vêtements et quels sont les dangers de l’injection. Quand j’explique aux usagers qu’il faut utiliser une seule fois chaque seringue, ils suivent mes conseils. J’aime mon travail car j’aide les gens de mon pays. Je pense qu’une personne qui se drogue devrait toujours avoir un travail parce que moi avant, je fumais 3 fois par jour et aujourd’hui je ne consomme plus qu’une seule fois. Quand on a un travail on ne pense pas tout le temps à fumer. Aujourd’hui les usagers qui me connaissent m’arrêtent dans la rue et me disent « tu vas mieux, tu as meilleure mine, ça se voit ». A présent, j’espère arrêter de consommer parce que je déteste ça.»

Propos recueillis en novembre 2006 par Florence Priolet

Photographies : © Jacky Naegelen / Reuters
Légendes Florence Priolet MdM

La production de drogue : un enjeu qui dépasse largement les frontières

Par Olivier Maguet, responsable du programme de MdM à Kaboul

L’évolution de la production d’opium en Afghanistan semble étroitement associée aux conflits qui ont cours dans le pays, rythmée par les quatre étapes de ces conflits depuis les trente dernières années.

Le premier acte se joue pendant les années de l’occupation sovié­tique. Lorsque l’Armée rouge a envahi l’Afghanistan le 27 décembre 1979, le pays produisait environ 200 tonnes d’opium. En 1989, alors que les derniers soldats de l’Union soviétique se retirent, la production avait été multipliée par six, s’établissant à 1 200 tonnes.

La période de guerre civile (1989-1996) qui a succédé à l’occupation soviétique, puis à la chute du gouvernement communiste de Kaboul en 1992, a renforcé cette tendance : au plus fort des combats entre sei­gneurs de guerre, mais aussi entre moudjahidines et talibans, au cours de l’année 1994, la production battait un premier record à 3 400 ton­nes. Il est vrai que la diminution progressive du soutien matériel et financier américain aux anciens « combattants de la liberté »1, suite à l’effondrement de l’URSS, renforçait la nécessité de se procurer des ressources de façon autonome. C’est la fin du deuxième acte.

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Guerre à la drogue ou guerre aux drogués : le quotidien des usagers de drogues afghans

Par : Olivier Vandecasteele, coordinateur MdM en Afghanistan

Extrait du livre : Afghanistan Gagner les cœurs et les esprits (Sous la direction de Pierre Micheletti)

(...) Ils sont plus d’un million. Entre un million et un million et demi d’Afghans ont un usage problématique de drogues dans un pays qui ne compte pas plus de trente millions d’habitants – ce sont 8 % de la population afghane entre quinze et soixante-quatre ans qui sont touchés (...)

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