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A l'international

Tanzanie

Lutter contre le VIH

Malgré une décroissance de l’épidémie du VIH/sida qui touche aujourd’hui 6,5 % de la population tanzanienne, les usagers de drogues, toujours plus nombreux à Dar es-Salaam, présentent une prévalence alarmante. Leur stigmatisation est particulièrement forte et ils n’ont pas accès aux soins. Dans ce contexte, MdM démarre un projet de réduction des risques avec les acteurs tanzaniens institutionnels et la société civile. Notre organisation travaille à l’intégration des services liés au VIH dans les soins de santé primaires, en étroite collaboration avec les équipes de 3 districts ruraux, et en appuyant les politiques nationales. En 2009, le projet s’est étendu à 4 nouveaux sites d’initiation aux traitements antirétroviraux (ARV). Il est désormais développé au sein de 16 centres.



PROJET PILOTE DE LUTTE CONTRE LE VIH/Sida AUPRÈS DES USAGERS DE DROGUES

Dar es-Salaam, municipalité de Temeke - programme long terme

LES ACTIVITÉS

Au regard de la vulnérabilité extrême des usagers de drogues tanzaniens à l’épidémie de VIH/sida et des hépatites B et C, MdM a lancé en septembre 2010 son premier programme de Réduction des Risques liés à l’usage de drogues par injection en Afrique de l’Est. Après plusieurs mois de discussions avec les acteurs présents, le travail de rue a commencé fin 2010. Le centre de MdM met à disposition du matériel d’injection stérile et permet le dépistage du VIH et des hépatites ainsi que l’accès aux ARV et à des services médicaux et sociaux. Une attention particulière est portée aux femmes injectrices de drogues.

LES RÉSULTATS

1 équipe de travailleurs de rue mise en place, 1 cartographie des lieux d’injection réalisée, plus de 30,000 seringues distribuées par mois, une moyenne de 30 usagers de drogues par injection (UDI) par jour au centre;  une moyenne de 30 UDI testés par mois et référés pour traitement ARV lorsque cela est nécessaire; 20 volontaires d'ONG et 28 soignants de Temeke ont reçu une formation à la Réduction des Risques.

LES PERSPECTIVES

Développer l’accueil réservé aux femmes (suivi de grossesse, atelier d’estime de soi, groupe de paroles) ; consolider le programme d'échange de seringues et l’accueil quotidien pour le dépistage rapide ; lancer des nouveaux modules de formation; participer à la mise en place d’un programme de substitution aux opiacés de bas seuil dans le district de Temeke; soutenir les groupes d'auto support; developper les actions de plaidoyer.

  Espérance de vie : 56.9 ans
IDH : 0.398 ; rang : 148/169 *
Population 
Bénéficiaire : 1,800
Cible : 500 usagers de drogues par mois
Personnel
National : 7 + 12 volontaires
International : 2
Responsables :
Mission : Patrick Beauverie,
Fatima Assouab
Terrain : Sandrine Pont
Siège : Stéphanie Derozier

Sources de financement : MdM, AFD, Mairie de Paris, Felissimo

Budget 2011 : €475,000


LUTTER CONTRE LE VIH/sida

Région de Kagera, districts de Ngara, Biharamulo et Chato - programme long terme

LES ACTIVITÉS

Pendant dix-sept ans, MdM a soutenu, dans la région de Kagera, le programme tanzanien de lutte contre le sida et a mis en oeuvre plusieurs actions pionnières.
En 1992, le projet a permis la prise en charge des enfants séropositifs ainsi que le dépistage, la prise en charge des maladies opportunistes à l’hôpital et au domicile des patients, et la sensibilisation de la population aux méthodes de prévention et de protection face au VIH/sida.
En 1997, une ONG locale, Tadepa, s’est créée pour reprendre les activités communautaires. Alors appuyée par MdM, elle est désormais autonome.
En 1999, MdM a élargi son action avec un projet pilote de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant.
À partir de 2004, l’action s’est développée pour proposer des soins et des antirétroviraux (ARV) aux 840 000 habitants de 3 districts.
En 2010, MdM s’est désengagé de cette région et a mené un travail de capitalisation pour dégager des bonnes pratiques à destination de ses autres programmes de lutte contre le VIH/sida.

LES RÉSULTATS

Entre 2007 et 2010, près de 63 000 femmes ont été dépistées, plus de 1 400 femmes enceintes mises sous prophylaxie et plus de 2 100 sous traitement ARV.

LES PERSPECTIVES

Parallèlement à la fermeture du projet dans la région de Kagera, une mission exploratoire a été menée à Dar es-Salaam pour évaluer les besoins des usagers de drogues au regard du VIH/ sida. Elle a donné naissance à un projet de réduction des risques dans cette ville particulièrement touchée par l’augmentation de la consommation de drogues.

  Population 
Bénéficiaire : 2 175
Personnel
National : 22
International : 3
Responsables :
Mission : Michel Cayrol
Terrain : Pierre E.D. Sallah
Siège : Stéphanie Derozier

Sources de financement : Columbia University, MdM

Budget 2010 : 177 986 €.

Novembre 2011

* Source : Pnud 2010

Réduction des Risques : au plus près des usagers de drogues de Dar es-Salaam

Par Agnes Varraine Leca

Présent depuis 18 ans en Tanzanie, Médecins du Monde continue son combat contre le VIH avec l’ouverture, il y a un an, de son premier programme de Réduction des Risques en Afrique de l’est, à Dar es-Salaam. Un projet pilote destiné aux usagers de drogues par injection de Temeke, le district le plus pauvre de la capitale tanzanienne.

Alors que jusqu’au début des années 90, l’Afrique n’apparaissait pas sur les routes du trafic mondial de drogues, le continent est devenu en quelques années une plateforme de stockage et de redistribution vers l’Amérique du sud et l’Europe. Ce sont plus de 40 tonnes d’héroïne en provenance d’Afghanistan qui s’y sont écoulées en 2009, notamment via l’Afrique de l’est.


Aujourd’hui, on estime à plus de 25 000 le nombre d’usagers de drogues par injection en Tanzanie. Un chiffre en constante augmentation, qui montre bien les limites de la criminalisation et des mesures répressives visant les consommateurs de drogues. « Le dispositif légal mis en place par les autorités prévoit une amende de 300 000 shillings tanzaniens (130 euros) qui peut être assortie d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison pour toute personne arrêtée en possession de drogues » explique Yovin Ivo, responsable de la commission tanzanienne de contrôle des drogues.

En Tanzanie, la consommation d’héroïne par injection s’est répandue rapidement, et avec elle, la transmission du VIH, des hépatites virales et d’autres IST

L’épidémie du sida touche 6,5% de la population tanzanienne, mais se concentre particulièrement au sein des groupes ayant des comportements à risques : personnes se prostituant, homosexuels, usagers de drogues par injection. « Si l’on veut passer en dessous des 5%, notre travail doit viser en priorité ces groupes » explique Sandrine Pont, coordinatrice générale du programme. Selon une étude menée en 2011 par MdM à Dar es-Salaam, 30% des hommes et 67% des femmes s’injectant sont infectés par le virus. Un taux de prévalence alarmant qui nécessite une réponse adaptée aux besoins d’une population marginalisée par ses pratiques et modes de vie, et de fait stigmatisée.

Une réponse adaptée aux besoins des usagers

Inauguré fin 2010, le centre de soins de Médecins du Monde, le drop in, a accueilli en septembre plus de 1000 toxicomanes : échange de seringues, service de premiers soins et d’hygiène, dépistage du VIH et des hépatites virales, accès aux antirétroviraux. Une unité mobile, composée de travailleurs de rue et d’éducateurs pairs, travaille quotidiennement au plus près des usagers, dans les nombreux camps de Dar es-Salaam. « Une impasse, une arrière cour, essentiellement des lieux extérieurs protégés, quitte à payer pour entrer » commente Céline Debaulieu, ancienne coordinatrice du programme. Car le harcèlement des policiers à l’encontre des consommateurs reste un problème récurrent : destruction du matériel distribué par MdM, corruption. Ce sont autant de difficultés qui nécessitent une sensibilisation continue mise en place dans le cadre des activités de formation des acteurs locaux aux pratiques de la RdR.

Un accueil réservé aux femmes

Isolées, difficilement accessibles surtout lorsqu’elles se prostituent, les injectrices sont violemment touchées par l’épidémie du VIH et les hépatites virales : 28% d’entre elles ont été dépistées positives tant pour le sida que pour l’hépatite C. MdM leur réserve un accès exclusif au centre un après-midi par semaine. « Un début, estime Céline Debaulieu, même s’il est important de mettre rapidement en place des groupes de paroles encadrés par des femmes, loin de la pression masculine. » Des ateliers d’estime de soi, un suivi des grossesses, et une offre de soins psychologiques sont également envisagés.

Vers un plaidoyer régional

Un an après l’ouverture du programme, les premiers changements apparaissent : augmentation du nombre de bénéficiaires, utilisation du matériel stérile par les usagers à condition qu’il soit accessible et gratuit, soutien à l’introduction de la méthadone dans un hôpital de Dar es-Salaam. Autant de résultats encourageants qui prouvent la pertinence des programmes de réduction des risques et démontrent la nécessité d’étendre les programmes d’échange de seringues et rendre accessible les traitements de substitution aux opiacés.

Un plaidoyer régional dans lequel s’engage Médecins du Monde avec pour première étape la conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (ICASA) qui se déroulera à Addis Abeba du 4 au 8 décembre 2011. MdM y tiendra une conférence intitulée : « Aborder l’épidémie cachée : réponse efficace à l’infection VIH et à sa transmission chez les usagers de drogues en Afrique ».


Portrait : Ramson, 41 ans, ancien consommateur et éducateur pair

Ramson est né à Dar es-Salaam, plus précisément à Tandika, dans le district de Temeke, le plus pauvre de la capitale. Il a 29 ans quand il consomme pour la première fois de l’héroïne, un joint qu’un ami lui passe.

« Un mélange de tabac et d’héroïne brune, en provenance du Pakistan » nous raconte-il. « Après ça, j’ai fumé régulièrement pendant une dizaine d’années. En 1999, j’ai commencé à m’injecter. » De l’héroïne blanche, moins chère et plus facilement accessible. Pendant cinq ans, Ramson consomme quotidiennement de la drogue par injection, plusieurs fois par jour, partageant ses seringues avec d’autres usagers. « En 2000, j’ai contracté deux fois la tuberculose. J’ai accepté par la suite de me faire dépister pour le sida. » Depuis 2005, il est séropositif et sous traitement aux antirétroviraux.

Ancien usager, il travaille aujourd’hui comme éducateur pair (1) sur le programme de Réduction des Risques de Médecins du Monde : il apporte quotidiennement son soutien aux toxicomanes lors des distributions de kits d’injection stérile, les conseille et anime les sessions d’injection à moindre risque qui se déroulent au centre deux fois par mois. Un travail indispensable pour le programme, basé sur une approche communautaire de la Réduction des Risques, qui place l’usager au centre de la pratique.

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(1 ) Un éducateur pair est une personne qui peut éduquer des personnes de son groupe d'âge et qui a en commun avec elles une même culture, un même environnement et un même niveau d'éducation.