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3 - Etat de santé des filles des rues

3 - Etat de santé des filles des rues



Dans une ville où les services de sécurité sociale sont inexistants, le problème d’accès aux soins constitue une préoccupation majeure pour cette population.

La vie dans la rue les expose à des grossesses non désirées et aux infections sexuellement transmissibles (IST). Vivre dans la rue complique extrêmement le suivi gynécologique.

En 2008, 32 912 consultations ont été réalisées dans les huit dispensaires de Médecins du Monde. 53% des consultations concernaient les filles et 24% concernaient les enfants de moins de 5 ans. Le paludisme constitue le motif principal des consultations (27%) puis les plaies et blessures (16%) qui traduisent l’extrême violence de leur milieu. Les IST représentent 11,6% des consultations. Cette proportion augmente largement chez les filles puisqu’elle représente 17% de consultations contre 6% chez les garçons.

  • b - Les suivis de grossesses

1/3 des filles s’est fait avorter.

En 2008, 76 filles enceintes ont été suivies dans les deux centres d’accueil pour filles. Par ailleurs, 67 filles ont été reçues en urgence dans les dispensaires MdM et référées vers des hôpitaux pour une prise en charge médicale d’un avortement déclenché dans la rue. La pratique de l’interruption volontaire de grossesse étant illégale en RDC, les filles commencent l’avortement dans la rue et viennent se faire soigner au dernier moment quand il y a urgence médicale.

1/3 des filles sont mères

Le suivi des filles enceintes est difficile du fait de leur extrême mobilité. 46% des filles déclarent avoir déjà été enceintes. Médecins du Monde assure le suivi de ces grossesses grâce à la mise en place de consultations pré natales dans son centre de santé.

Mais nombre de filles accouchent dans les hôpitaux partenaires sans avoir eu une seule consultation pré natale. Lors de séances de sensibilisation ou de rencontres individuelles, l’équipe MdM constate que les filles n’ont pas une bonne connaissance de leur corps et qu’elles font rarement le lien entre le fait d’avoir leurs menstruations et la possibilité de tomber enceintes. Très peu de filles connaissent les moyens de contraception et encore moins les utilisent.

  • c - La souffrance psychique

Vivre dans la rue exige d’être en permanence dans un état d’hyper vigilance. Les jeunes filles doivent protéger leur intégrité, leur enfant, leur argent… Certaines peuvent présenter des symptômes de stress post traumatique (PTSD). Toutes sont dans un état de stress et de détresse aigue. Leurs souffrances se manifestent le plus souvent par des troubles du sommeil, de l’irritabilité et de l’agressivité.

“De manière générale, et encore plus lorsqu’elles sont en groupe (dans la rue ou dans les centres), les filles se cachent derrière une façade, un masque d’aplomb et de détachement. Pourtant, pour nombre d’entre elles, leur attitude se modifie en entretien individuel et notamment lorsque l’on évoque les agressions sexuelles dont elles sont victimes. Cette carapace est fonctionnelle. Bien souvent, la drogue est là pour aider à oublier » explique Patricia-Laure, psychologue pour le programme MdM.

8 enfants sur 10 fument du chanvre et pour 44% des filles, elles fument pour oublier les souffrances quotidiennes.

Des violences banalisées et impunies

Selon Patricia-Laure, « les silences et les tabous qui entourent les violences sexuelles renforcent l’isolement et la stigmatisation des victimes. La méconnaissance de ce que sont les violences sexuelles et de leurs conséquences physiques, psychologiques et sociales accentue la banalisation de tels crimes. Lorsque les victimes sont les filles des rues, cette indifférence est accentuée et ces agressions continuent à être perpétuées en toute impunité renforçant leur sentiment d’impuissance. La banalisation de ces violences par la communauté, par les autorités et par les agresseurs implique que les victimes elles-mêmes normalisent ces actes. Ces violences deviennent monnaie courante lorsqu’on est une fille et que l’on vit dans la rue. »


Chiffres clés
  • 9 filles sur 10 vivent de la prostitution.
  • 12 ans, c’est l’âge moyen d’entrée dans la prostitution.
  • 70% ont subi un « baptême », un rituel violent d’entrée dans la rue
  • 74% des enfants ont eu leur 1er rapport sexuel avant de vivre dans la rue et pour plus de 4 filles sur 10, le 1er rapport sexuel était un viol.
  • 7 filles sur 10 ont déclaré avoir été victimes de viols. 76% de ces viols étaient collectifs
  • Un peu moins d’une fille sur 2 a déclaré être victime d’esclavage sexuel / de prostitution forcée



novembre 2009