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2/ Un exode massif : 600 000 déplacés dont 120 000 à Grande Anse

2/ Un exode massif : 600 000 déplacés dont 120 000 à Grande Anse




Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, de milliers d’Haïtiens ont fui Port-au-Prince et sa région pour rejoindre les zones rurales. Au total, on estime à 600 000 le nombre de déplacés à Haïti.

Au sud-ouest de l’île, le département de la Grande Anse a accueilli en moins de 3 mois plus de 120 000 personnes pour une population initiale d’environ 400 000 habitants. Avec 30% de personnes supplémentaires, c’est le premier département d’accueil de déplacés

En traversant la ville de Jérémie, capitale de la Grande Anse, on ne croise aucun camp d’hébergement, comme on peut le voir à Port-au-Prince. Car les déplacés ont rejoint le département pour trouver refuge dans leur famille. En grande majorité, ils sont arrivés par bateaux mis à disposition par le gouvernement.

Aujourd’hui, la situation est critique et la pression sur les familles d’accueil est énorme car d’une part, ces familles ne reçoivent plus le soutien financier envoyé par les membres de leurs familles qui travaillaient à Port au Prince et, d’autre part, elles doivent nourrir plus de personnes. Chaque famille accueille entre 3 à 10 personnes, dans une situation de précarité renforcée, souligne Thérèse Benoit, coordinatrice du programme de MdM à Grande Anse.

 


Après plus d’une heure de route chaotique on atteint le centre de soins de Prévillé, l’un des 10 centres de santé soutenus par Médecins du Monde, situé au milieu des montagnes.

Rapide sondage en arrivant dans la salle d’attente. Combien d’entre vous accueillent des déplacés ? Quasiment la moitié des patients lèvent la main…Et qui a fui Port au Prince après le tremblement de terre? L’autre moitié lève la main.

Pour faire face à cet afflux de patients, le programme de Médecins du Monde de Grande Anse a été renforcé dès le 17 janvier, date de l’arrivée du 1er bateau de déplacés. Dans un premier temps une clinique mobile avait été mise en place sur le port de Jérémie.


Aujourd’hui, MdM propose des soins gratuits dans 10 centres de santé du département, dans lesquels l’association avait, pour 8 d’entre eux, mis en place la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Pour faire face à l’urgence, la gratuité a été étendue à l’ensemble de la population et sera assurée par Médecins du Monde jusqu’à la fin de l’année 2010.


Depuis la mise en place de la gratuité totale et l’arrivée des déplacés, le nombre de consultations dans le centre de Prévillé est passé de 259 consultations au mois de décembre à 920 en février, atteignant même le chiffre de 1 325 pour le mois de mars. « Parmi ces patients, plus de 30% sont des déplacés », explique Jean Kith Dely, coordinateur médical du programme de MdM. « Les principales pathologies constatées chez les déplacés sont des infections cutanées comme les dermatoses et des hypertensions artérielles qui peuvent être liées au stress. »

Parallèlement, pour désengorger les centres de soins souvent débordés et toucher les personnes les plus isolées, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 13 petits villages du département. Pour atteindre ces villages enclavés, les équipes médicales de MdM marchent 2 à 3 heures dans les montagnes, transportant matériels et médicaments à dos d’âne. Une fois arrivées, elles s’installent, le plus souvent sur la place du village pour proposer des consultations gratuites aux habitants, avertis de leur venue par mégaphone la veille. Chaque équipe d’infirmières assurent en moyenne 100 consultations par jour (infections respiratoires aigues et cutanées, fièvres, gastrites…), dont 20% auprès de déplacés.

 


« Enfin, une attention particulière est portée au dépistage de la malnutrition, l’affluence de déplacés exerçant une pression considérable sur les ressources de la région », insiste Jean Kith. Souvent importés de Port au Prince, beaucoup de produits de première nécessité se sont raréfiés et ont vu leurs prix augmenter.



Dinia, 34 ans, accueille, depuis deux mois, trois de ses proches qui ont fui Port au Prince : sa belle sœur et les deux enfants de sa sœur ainée. Celle-ci a été amputée suite au tremblement de terre et espère venir à son tour rejoindre sa famille et ses enfants : Avant nous vivions à 7, aujourd’hui nous sommes 10, dans une maison qui ne compte que 3 chambres. Alors nous nous tassons mais c’est difficile et encore plus de trouver de la nourriture pour tout le monde. Nos récoltes ne sont pas suffisantes et les prix ont vraiment augmenté. Avant pour 1 mesure d’huile je devais payer 12 gourdes, aujourd’hui c’est 20 gourdes.

« Cette hausse des prix, conjuguée au nombre croissant de personnes à nourrir, nous font craindre une aggravation des poches de malnutrition dans les mois à venir, en particulier chez les enfants », explique Jean Kith. « Dans chaque centre, nous dépistons donc systématiquement tous les enfants de 6 mois à 5 ans ».

Dans une petite salle au fond du dispensaire de Prévillé se trouve la cellule de prise en charge des enfants souffrant de malnutrition sévère. Ils ont été identifiés par l’un des 56 agents de santé communautaires, formés par MdM, qui sillonnent les villages entourant les centres de soins pour dépister les enfants de moins de 5 ans et référer les cas les plus graves vers les centres pour une prise en charge. Celle-ci consiste essentiellement par du Plumpy Nut, expliquent Andrea et Suzy, infirmières chargées de ce volet. A base d’arachide cette pâte est très riche en protéine et assure des résultats impressionnants. Chaque enfant, en fonction de son poids, doit avaler 1 à 5 sachets par jour pendant une durée de 3 à 8 semaines, avec un suivi tous les 15 jours. Actuellement nous recevons chaque jour une dizaine d’enfants atteints de malnutrition aigue sévère, soulignent-elles.


MdM a également renforcé ce volet à l’hôpital de Jérémie et une veille nutritionnelle sera mise en place sur plusieurs communes du département, dans les 10 centres MdM et dans 4 autres centres dans lesquels MdM n’intervient pas.


L’enjeu : Le retour des déplacés


Le séisme a montré à quel point tout était centralisé à Port-au-Prince. Pour lutter contre cette centralisation extrême, le gouvernement haïtien a donc fait part de sa volonté de stabiliser les déplacés dans les provinces mais cela nécessite de développer des projets de développement sinon ils repartiront pour trouver du travail à Port-au-Prince. Un phénomène que nous commençons déjà à observer, témoigne Thérèse Benoit.


Sous un grand chapeau noir, Délice, 32 ans raconte qu’elle a fui Port-au-Prince 5 jours après le séisme, avec le 1er bateau affrété gratuitement.



Tout comme Waldy, 26 ans, qui a fuit Port-au-Prince dès le mois de janvier pour rejoindre ses parents. Elle vient consulter au centre pour des blessures provoquées par la chute de sa maison le jour du tremblement de terre. Le cou gonflé et tuméfié, elle raconte qu’elle repartira dès qu’elle sera guérie pour retravailler et gagner de l’argent. Le restaurant qui l’embauchait s’est écroulé, elle devra donc retrouver un travail.



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avril 2010