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3. (Re)construire le système de santé en privilégiant la gratuité

3. (Re)construire le système de santé en privilégiant la gratuité



« Si ce séisme doit permettre quelque chose, c’est de reconstruire autrement le pays, et particulièrement le système de santé en créant un véritable service public, efficace et équitable » martèle Ernesto Bafile, coordinateur de Médecins du Monde à Haïti.

Le séisme du 12 janvier a jeté à terre un système de santé déjà en grande difficulté et inéquitable : le pays présente les taux de mortalité infantile (57/1 000 naissances vivantes) et de mortalité maternelle (630/100 000 accouchements) les plus élevées de la région. Seules 6% des femmes les plus pauvres accouchent dans des centres de santé contre 78% des femmes plus aisées.

La mobilisation des bailleurs internationaux doit donc permettre d’investir massivement dans une réforme et un renforcement du système de santé, poursuit Ernesto Bafile. Cet investissement passe par la reconstruction des structures de soins, par le soutien et la formation des ressources humaines… mais il est également indispensable de rendre ces services de santé accessibles financièrement à l’ensemble de la population.

 

Or, le système de paiement à l’acte (paiement par le patient de chaque consultation, des médicaments et des analyses en laboratoire) qui prévalait avant le séisme excluait 47% de la population du système de soins. Entre le prix d’une consultation et le prix des médicaments, un Haïtien devait payer entre 50 et 250 gourdes (soit 1 à 5 euros) pour un salaire minimum de 1 000 gourdes par mois.

Suite au séisme, le gouvernement haïtien a décrété la gratuité des soins pour tous pendant 3 mois. Presque toutes les structures médicales publiques et de nombreux établissements privés ont prodigué gratuitement des soins médicaux, les médicaments et les analyses complémentaires restant le plus souvent payants. Ce décret devrait prendre fin le 12 avril, une éventuelle reconduction est en cours de débat.


MAIS APRÈS ?

Le système de paiement à l’acte risque d’être réactivé or la population haïtienne, précaire et fragilisée, est incapable financièrement de payer ses soins et ses traitements et nous risquons de reproduire le même système qu’avant, alerte Ernesto Bafile.

Pour faire face aux besoins immenses qui perdurent, le gouvernement haïtien doit recevoir les moyens d’assurer l’accès aux soins médicaux pour tous. Les ressources financières nécessaires au fonctionnement des structures de santé doivent aujourd’hui être assurées par les bailleurs internationaux.

Les 10 milliards de dollars d’aide promis par la communauté internationale lors de la conférence de New York, le 31 mars dernier, doivent permettre de financer et de mettre en œuvre cette politique de gratuité. Mais la situation actuelle, loin d'être stabilisée, nécessitera un effort durable des bailleurs.

Médecins du Monde appelle à prolonger la gratuité des soins au moins, dans un premier temps, pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Et pendant cette durée, un travail devra être réalisé pour trouver des pistes innovantes permettant de mettre en place un système universel et équitable, garantissant un accès aux soins à l’ensemble de la population haïtienne, conclut Ernesto Bafile.



Voir Aussi : Increasing Financial Access to primary Health Care for the Rural Poor - A study on changes in service use and costs following the removal


Suite à son intervention d’urgence dans l’hôpital général d’Haïti, MdM projette d’y intervenir à nouveau en soutenant le département chirurgical d’orthopédie et de pédiatrie (dotations en matériel, réhabilitation et formations). MdM est également en cours de négociation avec le ministère de la Santé et la direction de l’hôpital pour le soutenir à plus long terme mais cette décision dépendra de l’évolution de la situation et de la politique de reconstruction de l’hôpital qui sera mises en place, précise Marc van der Mullen, coordinateur du programme d’urgence. Une des options serait de créer un pôle mère-enfant afin améliorer la fluidité entre la maternité et le service de pédiatrie et leur intégration dans l’hôpital ; l’objectif étant de permettre un accès aux soins de qualité pour les femmes enceintes et les enfants.


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avril 2010