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Les conditions de vie des migrants dans le Pas de Calais
Les bénévoles et les salariés de l’Association Médecins du Monde qui interviennent depuis 2005 dans le Pas-de-Calais auprès des migrants souhaitent témoigner des atteintes aux Droits de l’Homme les plus fondamentaux tels que le droit de se nourrir, de se laver, de se vêtir, de s’abriter, de se soigner, faites aux migrants.
Les bénévoles et les salariés de l’Association Médecins du Monde qui interviennent depuis 2005 dans le Pas-de-Calais auprès des migrants souhaitent témoigner des atteintes aux Droits de l’Homme les plus fondamentaux tels que le droit de se nourrir, de se laver, de se vêtir, de s’abriter, de se soigner, faites aux migrants.
Depuis la fermeture du centre de Sangatte en novembre 2002 (centre d'hébergement et d'accueil d'urgence humanitaire administré par la Croix-Rouge), les migrants se sont regroupés sur Calais ainsi que sur une dizaine d’autres sites de la région Nord Pas de Calais. Toutes ces personnes vivent dans des campements et des squats dans des conditions sanitaires alarmantes. Suite à la fermeture de ce centre, Médecins du monde a organisé des consultations médicales auprès des migrants présents sur la ville de Calais ; puis a créé des cliniques mobiles qui se sont déplacées sur différents lieux de vie des migrants dans le Dunkerquois.
En juin 2011, la ville de Calais compte environ 250 personnes migrantes. Depuis la fermeture du centre de la Croix Rouge, leur nombre à varié d’une centaine de personne à environ 1200, maximum atteint à l’été 2009 avant la médiatique destruction de la « Jungle pashtoune ». Les personnes actuellement présentes à Calais sont principalement originaires de pays en guerre ou en conflits armés tels que l’Afghanistan, l’Erythrée, l’Irak, l’Iran, le Soudan… Cette population est en grande majorité composée d’hommes jeunes mais aussi de quelques femmes et on estime que les mineurs représentent au moins 20% de la population totale. Ils sont arrivés à Calais après un long parcours migratoire périlleux et difficile avec comme objectif l’Angleterre.
C’est à Calais particulièrement, du fait de la pression exercée par les agents des services de police sur ces populations, que l’entrave aux droits des personnes et à l’action humanitaire y est la plus intense.
Il ressort des constats faits sur le terrain que l’activité des services de police auprès des migrants est d’une telle intensité qu’elle peut être qualifiée de « harcèlement policier ».
D’autre part l’activité des services de police ne se limite pas à l’exercice de leurs missions de surveillance, de contrôle et éventuellement d’interpellation. En effet, les agents de police détruisent ou confisquent les biens des migrants, affaires personnelles ou matériel distribué par les associations humanitaires. Quotidiennement, ils empêchent également les migrants de trouver des moments pour se reposer et reprendre des forces, en dehors de toute procédure de contrôle d’identité.
De nombreuses organisations ont elles-mêmes constaté des faits similaires qu’elles ont consignés dans des rapports ou sur leur site internet. Les militants du mouvement « Calais Migrants Solidarité », présents quotidiennement à Calais auprès des migrants, ont eu la possibilité d’observer et de consigner par eux même un ensemble de faits qui semblent corroborer nos observations et constats.
1) L’ABSENCE D’HEBERGEMENT
L’inexistence de lieux d’hébergements pour les migrants depuis la fermeture du centre de Sangatte en 2002 a pour conséquence la création de campements et de squats précaires dans l’ensemble de la région Nord-Pas-de-Calais. Ainsi, à Calais qui représente la plus grande concentration de migrants de la région, il n’y a aucun lieu d’hébergement.
Le droit fondamental d’être hébergé n’est pas respecté.
Des conditions de vie fortement préjudiciables à la santé
Dans ces lieux, précaires et non sécurisés, les migrants vivent dans la promiscuité et la saleté. De plus, ces abris de fortune sont ouverts au froid l’hiver et à la chaleur l’été, au vent et à l’humidité.
L’accès à l’eau est souvent difficile et en quantité insuffisante, ce qui a notamment pour conséquence un accès à l’hygiène très limité. Il n’existe ni point d’eau, ni douches dans ces squats. Il n’y a pas de système de gestion des déchets ni des excréments, ce qui favorise un environnement propice aux vecteurs tels que les mouches et les rats, qui se trouvent en nombre sur certains lieux de vie.
Lors de leurs interventions, les pathologies que les médecins bénévoles de MdM diagnostiquent sont directement liées aux conditions de vie : le premier motif de consultation concerne les dermatoses (gales, irritations, boutons, surinfections, mycoses …) et le second les troubles ORL (angine, otites, rhinopharyngites persistantes…).
A l’été 2009, plusieurs centaines de migrants de Calais ont été affectés par une importante épidémie de gale qui touchait particulièrement la communauté afghane. Malgré les multiples interpellations des autorités sanitaires par les associations, il a fallut que ces dernières préparent une opération de traitement d’envergure pour que les autorités se décident finalement à réagir et à mettre en place leur propre opération, moins d’une semaine avant celle prévue par les associations. Aujourd’hui encore, si l’incidence de la gale est moindre, elle est toujours présente et l’accès à l’eau et à l’hygiène restent très difficile pour les migrants de Calais (cf rapport d’activité 2009 de la mission de MDM ci-joint)
Pas d’accueil spécifique pour les populations vulnérables : enfants, personnes malades…
Généralement, les solutions proposées au Mineurs Isolés Etrangers (MIE) sont insuffisantes ou inadaptées. Ils partagent donc la vie des adultes dans les squats et les campements, exposés et parfois victimes de racket, de violence, d’exploitation sexuelle. Comme les adultes, ils tentent de passer en Angleterre, parfois au péril de leur vie. Ce sont donc des enfants en danger pour lesquels aucune protection n’est envisagée. Les droits fondamentaux de l’enfant ne sont pas respectés.
Les femmes, les personnes vulnérables, les malades et les convalescents, ne bénéficient que trop rarement d’un hébergement.
Lorsqu’une personne est malade et a, de ce fait, d’autant plus besoin d’un hébergement, il est très difficile de lui en trouver un : les dispositifs sont débordés et rien n’a été prévu pour la population migrante. En conséquence, les associations paient de nombreuses nuits d’hôtel et beaucoup de particuliers proposent à ces personnes un hébergement à leur domicile. Malgré cela, beaucoup restent à la rue avec un plâtre, une angine ou un état fiévreux.
Une négation des droits et une invisibilité institutionnalisées
L’absence de lieu d’accueil est la conséquence de la volonté des autorités de ne pas prendre en compte le problème. Cela traduit une volonté de rendre les migrants « invisibles ». Cette invisibilité des migrants se traduit dans le Plan Départemental d’Accueil et d’Hébergement et d’Insertion 2010-2012 dans lequel, pour le territoire de Calais, il est spécifié :
« La situation de l’arrondissement de Calais a été analysée en faisant abstraction de la problématique des migrants, même si celle-ci impacte nécessairement le fonctionnement des établissements et services AHI du secteur. »
Cet extrait reflète la situation d’invisibilité sociale, humaine, institutionnelle dont sont victimes les migrants et ceci en contradiction totale avec les principes de non discrimination et d’inconditionnalité d’accueil tels qu’ils sont spécifiés dans les textes juridiques nationaux et internationaux.
2) UN PASSAGE DANGEREUX VERS L’ANGLETERRE
Les traumatismes liés au passage
Lors de leurs interventions, les médecins bénévoles de MdM constatent les conséquences des tentatives du passage en Angleterre pour lesquelles les migrants prennent des risques importants : fractures, entorses, foulures, coupures …. (Exemple de Méjudin, afghan de 14 ans, accompagné de son petit frère de 10 ans, qui cet hiver s’est fait amputé deux phalange d’annulaire suite à une tentative de passage ; exemple de Mujeeb, afghan de 14 ans également ou encore de Martha, Erythréenne de 19 ans qui se sont fracturé la jambe alors qu’ils tentaient de monter sur un camion) : ces traumatismes liés au passage sont des pathologies courantes.
Il est à noter que l’accès au port de Calais et à l’enceinte du tunnel sous la Manche sont protégés par des fils de fer barbelés coupant qui provoquent de graves sections des tendons qui sont également fréquentes.
Ces tentatives se concluent parfois tragiquement. Ainsi, Rarhmadin, jeune afghan de 16 ans, est décédé le 10 avril 2010 au terminal de Loon-Plage, écrasé sous l’essieu d’un camion. Il en va de même pour un iranien de 23 ans, décédé à Grande-Synthe le 10 mai 2011, blessé à la tête suite à une chute de camion.
3) CALAIS, LE PAROXYSME DU HARCELEMENT DE LA PART DES AGENTS DES SERVICES DE POLICE
A calais, une compagnie de CRS (environ 150) est depuis plus de 10 ans présente en plus de la Police Aux Frontières. La pression exercée sur les migrants est intense. L’objectif affiché est de rendre la vie impossible aux personnes migrantes.
« Mon objectif n’est pas de rendre la vie des migrants agréable. » a indiqué Pierre de Bousquet de Florian, Préfet du Pas-de-Calais lors d’une réunion à laquelle MDM a assisté le 2 décembre 2010.
Des vérifications d’identité et des interpellations pluriquotidiennes
A Calais, les migrants sont contrôlés plusieurs fois par jour. Il arrive en effet très souvent que des personnes soient arrêtées et emmenées dans une unité de police pour un contrôle d’identité plusieurs fois dans la même journée et à n’importe quelle heure. Ces personnes sont ensuite relâchées. Les arrestations consistent généralement en des contrôles d’identité des personnes.
« Si vous souhaitez vraiment nous aider, la priorité c’est d’arrêter le harcèlement de la police ». (H., soudanais, janvier 2011)
Les personnes migrantes présentes à Calais sont sur le qui-vive en permanence, les contrôles d’identité se produisant de jour comme de nuit, dans les lieux de vie, comme dans la rue, mais aussi à proximité des lieux d’assistance humanitaire tels que l’aire de distribution des repas (évènements qui se sont déroulés plusieurs fois au cours de l’été 2010 ainsi que le 3 février 2011).
Par ailleurs, des contrôles et des arrestations sont aussi effectués sur le chemin et à proximité de la permanence d’accès aux soins de santé de l’Hôpital (PASS). Ainsi, début mai 2011, des CRS ont pénétré dans l’enceinte de l’hôpital avant que le personnel hospitalier ne s’interpose et leur demande de quitter les lieux. Des interpellations ont lieu régulièrement sur le chemin menant à la PASS de l’Hôpital.
La précarité de leurs conditions et l’intensité des contrôles policiers sont tels que beaucoup de migrants ont du mal à trouver un lieu et ne serait-ce qu’un moment pour se reposer.
« Pendant 2 jours passés à Calais, je ne me suis pas posé une seule fois, même pas accroupi, j’ai toujours marché ou été en mouvement afin d’éviter les contrôles de police. » (A., afghan, janvier 2010).
L’intrusion dans les lieux de vie
Afin de procéder à ces contrôles, les forces de l’ordre s’introduisent quotidiennement dans les lieux de vie des personnes. Cela peut aller jusque 3 à 5 fois par jour dans un même lieu, de jour comme de nuit. Il arrive que ces visites nocturnes ne comportent pas d’autre objectif que celui d’interrompre le sommeil des personnes. Les migrants rapportent régulièrement des faits de violence et/ou d’injures lors de ces interventions.
De plus, parfois l’arrivée des forces de police donne lieu à des courses-poursuites qui sont la cause de chutes et de traumatismes : fractures, entorses, écorchures, contusions…
Au mois de février 2011, suite à des interventions de police, au moins 3 personnes ont été hospitalisées avec de multiples fractures résultant de chutes lors d’interventions des agents de police dans les squats. (cf courriers ci-dessous).
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Lettre au prefet de Calais le 21 fevrier 2011 (pdf - 0 o)
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Réponse du prefet de Calais le 16 fevrier 2011 (pdf - 754,49 Kio)
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Confiscation et destruction du matériel humanitaire et des biens personnels
Lors de patrouilles ou d’interventions des forces de police dans un lieu de vie, il arrive que les biens des personnes soient confisqués, rendus inutilisables ou détruits : nourriture, duvets, couvertures, tentes, jerrycans, vêtements, matériel de cuisine, papiers d’identité, photos de famille, produits d’hygiène, …
Suite à des distributions de matériel de première nécessité réalisées par Médecins du Monde en Novembre 2009, Janvier 2010 puis Novembre 2010, les biens distribués ont été endommagés, confisqués ou bien détruits. (cf vidéo en PJ)
Ci-dessous, des photos de destruction de matériel sur Calais
1 et 2 : matériel confisqué, endommagé et mis à la déchetterie, février 2010
3 : Le même jour, le président de Salam tente de récupérer du matériel à la déchetterie.
En août 2010, en période de Ramadan, des mineurs afghans nous ont rapporté que la police est intervenue sur leur lieu de vie en fin de journée, au moment de la rupture du jeûne et alors que les migrants revenaient de l’aire de distribution des repas. Au cours de cette intervention, la nourriture a été détruite et les personnes interpellées, emmenée puis relâchées …
L’endommagement des moyens de couchage par les forces de police (matelas, duvets et couvertures) se fait souvent par leur gazage au gaz lacrymogène, ce qui les rend inutilisables. Il a même été rapporté plusieurs fois par les migrants que les CRS avaient uriné sur leurs affaires personnelles afin de les rendre inutilisables. Les jerrycans et les tentes sont souvent percés et détériorés par des agents de police, quand ils ne sont pas confisqués pour être détruits ou mis à la benne.
En plus de ces destructions de matériel et de ce harcèlement quotidien, les squats des migrants sont systématiquement détruits. Leurs conditions de vie sont ainsi précarisées en permanence.
Témoignage recueilli lors d’une visite de terrain le 16 février 2011 :
« On a besoin de beaucoup de choses mais ca ne sert à rien de nous distribuer du matériel puisqu’il sera détruit par la police dans les 24-48 heures ». (M., Hazara, Afghan).
Quelques jours avant cette visite, la tente qui servait d’espace de préparation des repas des Hazaras (ethnie afghane) avait été détruite par les forces de l’ordre et les agents municipaux de Calais. Il est en effet à noter que lors de ces interventions, les agents de la municipalité de Calais agissent comme des auxiliaires de police et participent à la confiscation, à la destruction et à l’endommagement du matériel et des biens.
Impact de ces conditions d’inhumanité sur la santé mentale des personnes
Cette pression policière intensive impacte donc directement la vie des migrants de deux manières. D’abord par une précarisation perpétuelle de leurs conditions de vie ; ensuite par un harcèlement policier intensif qui ne leur laisse pas un moment de répit et oblige les migrants à rester sur leur garde en permanence.
L’imposition de ces conditions de vie déshumanisantes, qui sont destinées à les faire fuir de Calais, a un impact direct sur l’état de santé mentale de ces personnes. L’apathie, la nervosité, le stress, l’anxiété … sont courantes parmi les personnes migrantes.
En plus de ces conditions de vie qui leurs sont imposées, il ne faut pas oublier que quitter son pays est toujours un déchirement, que les migrants sont loin de leur famille et de leurs amis. Ces personnes migrantes, qui ont tout abandonné pour fuir leur pays, ont souvent peu de perspectives d’avenir si ce n’est l’espoir d’obtenir l’asile et de recommencer une nouvelle vie.
Enfin, il faut souligner également que les bénévoles des associations, qui assurent la réponse à cette situation humanitaire depuis presque 10 ans et qui évoluent dans cet environnement, sont aussi impactés par cette violence et beaucoup sont en souffrance psychique puisque confrontés à cette inhumanité.
Rapport réalisé par les bénévoles notamment médecins et les salariés de la mission Migrants Nord Littoral de l’association Médecins du Monde.
La situation de harcèlement que vivent les migrants et qui est décrite ici est présentée dans une vidéo réalisée par MdM en février 2010 : voir « Les invisibles de calais »
Les conditions de vie des migrants
Après la destruction d’une tente en aout 2010
Après la destruction d’un coin cuisine en février 2011
Juin 2011
