Bordeaux
Les 16 et 17 mars
Témoignage
HISTOIRE D’ UNE RENCONTRE lors du passage du bus de MDM à BORDEAUX
“S., marocaine, et son bébé T., né le 17.10.2005 au Maroc, arrivent en France en Juillet 2006 avec un visa touriste. Il s’agit pour S. de présenter son bébé à des cousines à Lyon et Bordeaux . Quelques jours après leur arrivée à Lyon, S. emmène son bébé chez un médecin généraliste car il souffre de fièvre et de diarrhée. Outre la gastro diagnostiquée, le médecin trouve le nourrisson un peu chétif, demande alors un bilan sanguin qui revient perturbé et dirige S. vers le CHU. Là, la mauvaise nouvelle tombe : le bébé est atteint d’une leucémie. Une greffe de moelle est indispensable.
L’assistante sociale du service explique qu’avec un visa touriste, S. ne peut prétendre à l’Aide Médicale Etat et, pour que l’enfant soit soigné, elle doit débourser en arrivant à l’hôpital, la somme de 200 000 euros! N’ayant pas cette somme, S. repart au Maroc, fin juillet .
Au Maroc, elle apprend qu’on ne fait pas de greffe de moelle avec donneur, simplement des auto-greffes et qu’il n’y aurait pas de chambres stériles. Elle revient chez une cousine, en Belgique et consulte à l’hôpital Fabiola de Bruxelles; le diagnostic est confirmé mais il n’y a pas de prise en charge possible malgré un dossier monté pour une demande de soins gratuits qui a été refusé. De Bruxelles, elle se rend chez son autre cousine, L., à Bordeaux, convaincue qu’elle ne peut rien espérer d’un hôpital français depuis l’échec de Lyon. Le papa du bébé qui est resté au Maroc, est effondré et baisse les bras, sachant qu’il n’aura jamais l’argent pour soigner son enfant; l’hôpital Fabiola a rédigé l’ordonnance de chimio orale et, c’est le père de S. qui lui envoie le médicament (parait-il moins cher qu’en France). La cousine, elle, ne veut pas baisser les bras et motive S. pour qu’elles se battent ensemble.
Le 16 mars dernier, vers 18h30, alors que le bus de campagne de Médecins du MondE stationne sur une place de Bordeaux, et que le délégué régional, F.Cougoul et F.Favarel commencent à ranger le matériel avec le chauffeur, un couple (L. et son mari) accompagnés d’une jeune femme et de son nourrisson les accostent en demandant de l’aide. Ils expliquent alors la situation; un rendez-vous leur est proposé au CASO dès le lundi à 9h. Lorsqu’ils arrivent, J.Malmanche, sur la demande de F.Cougoul a alerté le travailleur social et le médecin de permanence, A. Perrot qui va les recevoir, écouter leur histoire, les rassurer. N’ayant pas 3 mois de séjour sur le territoire, le travailleur social explique que l’ AME ne pourra prendre effet que fin juin; L. précise qu’elle est laborantine au CHU, qu’elle a parlé de ce problème à son patron qui, par relation, lui a obtenu un rendez-vous chez un spécialiste à l’hôpital des enfants du CHU le 20 mars à 12h30. Janine lui donne son numéro de téléphone portable pour faire le lien entre le CHU, MDM et la famille .
Le 20 mars à 17h, L. vient au CASO, avec S. Janine leur fait rencontrer G.Mayer, de l’action détresse de la Mission France à Bordeaux. Le résultat de la consultation au CHU est le suivant: l’assistante sociale du service leur dit qu’on ne peut rien faire pour la prise en charge des soins, S. est incapable de fournir une preuve qu’elle est bien sur le territoire français depuis septembre 2006 (on lui demande une amende qu’elle aurait pu avoir pour défaut de titre de transport ou une facture d’esthéticienne…); le médecin explique qu’il ne peut transgresser les décisions de la direction de l’hôpital, donc rien ne sera entrepris pour soigner l’enfant. G.Mayer fait appel à E.Gallet, assistante sociale bénévole de l’action détresse; Edith engage immédiatement une demande d’AME d’urgence qui est acceptée dès le 22 mars!
Janine contacte, le jour même, la responsable des restos bébés pour aider financièrement cette famille en fournissant couches, petits pots et vêtements. Cette dame propose de prendre en charge ce bébé, même après 18 mois (âge limite d’aide) jusqu’à ce que la situation s’améliore; elle donne également à Leila les coordonnées de la PMI de leur quartier pour qu’un pédiatre suive l’enfant avec le CHU.
Aujourd’hui, tout le monde est content; cette famille est stupéfaite de l’accueil et de la rapidité d’intervention des bénévoles de MDM; quant aux bénévoles du CASO de MDM Bordeaux, tous leurs souhaits vont vers l’espoir de voir guérir le petit S.”
Jeanine Malmanche