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Interview d'Amélie Courcaud, coordinatrice générale en Papouasie Occidentale ( Indonésie).
Quel est le contexte géopolitique ?
La Papouaise Occidentale est une province rattachée à l’Indonésie. Elle est semi autonome depuis 2001. C’est une province assez jeune puisqu’elle a été découverte en 1960.
Quel domaine d’intervention sur le terrain ?
MdM est présent en Papouaise depuis 12 ans. On travaille sur la santé sexuelle et reproductive avec un gros volet sur le Sida et l’éducation à la santé. C’est en fait le cheminement de plusieurs projets sur des dizaines d’années, le Sida reste la problématique majeure.
Recense-t-on beaucoup de cas dans la province?
Officiellement la prévalence du Sida est de 3,4 % dans la région du Puncak Jaya, où MdM travaille. Pour donner un ordre d’idée de comparaison, le taux national est estimé à 1%, mais cela dit la plupart des organisations estime un taux de prévalence plus important, d’environ 7%.
Pourquoi un taux si important ?
C’est une région oubliée, très isolée puisque nous travaillons dans les montagnes, où le niveau d’éducation est plutôt faible.
Quelles sont vos méthodes, comment mettez-vous en œuvre ce programme ?
On a toute une partie de travail sur la santé communautaire, c’est le point phare de MdM là bas, notamment avec des agents de santé dans les villages et avec des éducateurs pairs, ce qui fonctionne très bien. On travaille avec un club étudiants, âgés entre 17 et 20 ans, sur le district du Puncak Jaya, ils relaient ensuite les informations dans leurs villages. On a aussi beaucoup d’activités de prévention de masse, c'est-à-dire faire de l’éducation à la santé à la population en général. On a un volet de support aux autorités locales, chose qui tient à cœur dans l’ONG, on travaille en partenariat avec un centre de santé, un hôpital notamment sur l’éducation par rapport au Sida.
Avez-vous des données sur l’efficacité des actions que vous menez ?
Aujourd’hui par exemple, un des volets de MdM c’est la distribution de préservatifs, en 2007, c’était totalement inexistant dans cette partie là et depuis on distribue 1500 préservatifs par mois sur la ville de Mulia. On a aussi tout un volet de formation d’agents de santé communautaires, on fonctionne avec 70 agents sur neuf villages.
Pourquoi distribuer que maintenant ? Existe-t-il une stigmatisation des personnes atteintes par le VIH ?
Oui, c’est très tabou de parler de cela, il y a aussi un gros poids de la religion puisque la Papouasie est une province chrétienne, mais c’est aussi lié au contexte, l’isolement de la population fait qu’il y avait très peu d’informations sur la maladie. Petit à petit, MdM s’est mis en lien avec les référents des villages et les autorités, toute cette discussion avec les religieux s’est fait petit à petit et a mis du temps à arriver. C’est quelque chose qui fonctionne bien aujourd’hui, qu’on voudrait développer.
Quelles relations entretenez-vous avec les autorités et la population locale ?
Les relations avec les autorités se sont vraiment construites dans le temps, ça fait 12 ans qu’on y est donc c’est beaucoup plus facile aujourd’hui, il y a un réel partenariat sur le terrain. La Papouasie est une partie de l’Indonésie, qui est un très grand pays, donc on a des relations avec les autorités sur le terrain, ensuite au niveau de la province, et au niveau central, où les liens sont plus irréguliers à cause de l’immensité du pays. Sur le terrain, on travaille ensemble, on va ensemble sur le terrain et organise ensemble les activités d’éducation à la santé. Quant aux communautés, MdM est vraiment reconnu comme un acteur présent sur le terrain et donc on a beaucoup de liens avec les chefs religieux et des villages, on supporte un groupement de femmes, c’est vraiment la valeur ajoutée d’une ONG comme MdM en Papouasie.
Avez-vous des perspectives ou d’autres chantiers à venir dans les mois ou prochaines années ?
On aimerait étendre tous nos projets pilotes avec nos éducateurs pairs - on est actuellement présent sur 5 villages - au district de Puncak Jaya et peut être plus loin, ça veut dire développer des actions dans les villages et travailler de plus en plus avec notre partenaire local Primari. C’est quelque chose que l’association voudrait voir développer, car c’est vraiment dans les mandats de MdM de supporter les associations locales pour qu’elles puissent reprendre le flambeau et avoir des projets plus pérennes. Comme on dit souvent, c’est faire pour les communautés mais avec les communautés.
Propos recueillis par Guillaume Gomis.
>> Découvrez l’interview audio d’Amélie Courcaud sur l’antenne de Radio Solidaire, en cliquant ici.
juillet 2010
