Reportage - Personnes se prostituant - En France - Association - ONG - Médecins du Monde

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Reportage

Depuis 2004, MdM sillonne les rues de Paris, trois fois par semaine, à la rencontre des femmes chinoises qui se prostituent. Pour elles, c’est une bouffée d’air. « Nous aidons environ 500 personnes », précise Tim Leicester, animateur de prévention sur le Lotus Bus. Des femmes, pour la plupart originaires du nord-est de la Chine (un foyer d’immigration récent), installées depuis peu dans l’Hexagone.

Des femmes d’en moyenne 42 ans, venues seules dans l’espoir de trouver un travail. « Beaucoup espèrent ainsi financer les études de leurs enfants restés en Chine. Mais, ne bénéficiant d’aucun réseau de relations, elles finissent par se prostituer pour survivre. »


PRÉVENTION ET ORIENTATION

À bord de la camionnette MdM, quatre bénévoles dont un médecin. La moitié parle chinois. « En allant au devant d’elles sur cinq sites, nous tentons de les sortir de leur isolement. De réduire les risques liés aux pratiques prostitutionnelles. Et de favoriser leur accès aux soins. »
L’équipe leur distribue du matériel de prévention, leur explique comment l’utiliser, les écoute, leur parle dépistage et « trithérapie d’urgence ». Le médecin les reçoit aussi en entretien médical individuel – si elles le souhaitent – à l’arrière du bus, les oriente vers des consultations adaptées, et assure le lien avec les structures de soins partenaires. « La plupart ne se rendraient pas d’ellesmêmes à l’hôpital. La barrière de la langue est un obstacle perpétuel pour ces femmes. »
Un mur qui les coupe de leurs droits. Face à cette réalité, le Lotus Bus les aide dans leurs démarches administratives (demande d’une couverture maladie, par exemple), et les soutient en cas d’agression. « Sans papiers, elles n’osent pas se rendre seules à la police pour porter plainte. Mais elles ont assez confiance en nous pour nous en parler. » La confiance, une belle récompense pour les bénévoles. « L’année dernière, quatre agresseurs ont ainsi pu être arrêtés. »


Mme M. à propos de son arrestation, en février 2008

Ce jour-là, je me promenais aux alentours du métro Strasbourg-Saint-Denis vers 21 h 30. Un policier en civil m’a arrêtée. Lui et une femme policier m’ont conduite dans un petit commissariat près de Crimée, où mes affaires m’ont été retirées. Ils ont fouillé dans mon sac et y ont trouvé des préservatifs. À l’aide d’un interprète, un jeune Français qui ne traduisait pas tout, ils m’ont dit qu’ils me suspectaient de racolage, parce que j’avais des préservatifs dans mon sac. J’ai expliqué que j’ai un copain et que c’est avec lui que je m’en sers. Je leur ai dit que je n’étais pas venue dans le quartier pour cela, qu’en plus j’étais seule et ne parlais à personne quand le policier en civil m’a arrêtée. Ils ne voulaient pas me croire et ils me disaient : « On est la police, comment pourrait-on se tromper ? » Après une bonne demi-heure ils m’ont fait signer ce que je crois être le procèsverbal. Je ne voulais pas signer d’autant plus que l’interprète n’avait pas vraiment traduit, mais il m’a dit : « Signe ! signe ! Sinon ils ne vont pas te laisser partir. » Donc j’ai signé le papier, sans comprendre ce qui était marqué…

 

TIPHAINE POIDEVIN

Article du Journal destiné aux donateurs N°95 (Juin 2009)