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Actes des colloques et forum

culture(s) et/ou culture d’urgence ?

La prise en compte du contexte socioculturel pour mener Les interventions d’urgence : point de vue d’anthropologues - Actes du forum du 8 décembre.

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La prise en compte du contexte socioculturel pour mener Les interventions d’urgence :


LE POINT DE VUE D'ANTHROPOLOGUES

Julien Langumier explique que l’action d’urgence modifie le contexte socioculturel, les représentations et les rapports de force, même lorsque l’action d’urgence relève du même milieu socioculturel que le terrain où l’action d’urgence est menée.

Sandrine Revet appuie ce propos en indiquant que les différences ne se situent pas tellement entre le Nord et le Sud mais plutôt entre la culture des acteurs de l’urgence, quels qu’ils soient, et les victimes des catastrophes. Une réflexion doit donc être menée en amont de l’intervention d’urgence, en puisant dans des ressources permettant de connaître les grands équilibres de la société.

Laurence Kotobi évoque l’acculturation, soit le contact direct et continu entre deux sociétés et les transformations qui s’opèrent de part et d’autre ultérieurement, en soulignant la nécessité d’articuler et de comprendre les conséquences de l’acculturation qui peuvent aussi bien se traduire aussi bien par un choc culturel que par un phénomène de déconstruction/construction.


LE POINT DE VUE DES ACTEURS DE L'URGENCE

Frédéric Pénard définit l’urgence, en matière de santé, comme les moments où il existe un déséquilibre majeur entre l’offre de soin et le besoin de soin. Il souligne la difficulté à concilier l’intervention d’urgence, qui doit se faire très rapidement, en moins de dix jours, et la prise en compte des déterminants socioculturels dans un tel délai. Il existe cependant un état de grâce qui survient à la suite d’actions d’urgence dont il faut profiter pour instaurer une compréhension commune, autour des besoins fondamentaux.

Jim Arbogast s’attache à la sécurité des personnes envoyées en mission d’urgence en évoquant les trois stratégies qui peuvent être mises en œuvre : la dissuasion, la protection et l’acceptation, laquelle est privilégiée par les organisations humanitaires françaises. Si ces dernières sont conscientes de la nécessité de prendre en compte les déterminants socioculturels, elles ne modifient pourtant pas toujours leurs pratiques qui peuvent causer un choc culturel. L’instauration d’une coopération entre acteurs de l’urgence et les universitaires des sciences sociales en amont par une analyse du contexte faciliterait le travail.


LES QUESTIONS DES GRANDS TEMOINS

Michel Sauquet interpelle les intervenants sur trois axes :

  • La gestion du temps : le moment de l’urgence est-il celui de l’interculturel ou permet-il au contraire de réduire les différences culturelles ?
  • L’arbitrage entre l’urgent et le respect des cultures locales ;
  • La capitalisation d’expériences : quelles sont les principales sources de compréhension ou d’incompréhension ? Comment appréhender une culture ?

Joseph Dato estime que les acteurs des secours sont inscrits dans une culture du sauveteur et du sauveur, représentation qui a structuré, à l’aide des médias, une culture de masse. Cette culture produit un mécanisme avec la scénarisation, la médiatisation et l’instrumentalisation de la catastrophe. Les sciences sociales devraient être davantage au centre des actions de secours, au service des missions et donc des populations.

Laurence Kotobi se refuse à mettre l’anthropologie au service de l’humanitaire même si les anthropologues peuvent apporter des éclairages partiels.

Julien Langumier constate qu’en France le sauveteur a perdu sa place de premier plan au profit de la victime, à travers le recueil de témoignages. Il souligne également les différences entre les témoignages selon que ceux-ci sont médiatisés ou réalisés au sein d’une entité, comme un village.

Sandrine Revet juge essentiel, avant de définir la rencontre entre deux cultures, de saisir la complexité de la réalité sociale et la multiplicité des enjeux sous-jacents aux enjeux centraux (sauver des vies et être sauvé). L’enjeu principal est donc de définir ce qui est acceptable pour les uns comme pour les autres.

Frédéric Pénard constate que les réelles situations d’urgence sont rares : dans ce cas, les différences sont effectivement gommées. Dans les autres situations, il convient de prendre en compte les déterminants socioculturels, dans des contraintes de rapidité d’intervention. Pour cela, il faudrait capitaliser les expériences et pouvoir être briefés avant de partir en mission. Médecins du monde mixe au maximum ses équipes (anciennes et nouvelles générations), pour disposer d’expériences diverses.

Jim Arbogast estime que l’interculturalité ne peut pas attendre, dans la majorité des cas. Certaines choses ne sont pourtant pas négociables : l’inter-culturalité, si elle est nécessaire à la mise en place de nos interventions, n’implique pas de faire sienne la culture de l’autre ou de remettre en cause sa propre culture.


LE DEBAT

S’il semble indispensable de comprendre la culture de l’autre pour mener une action humanitaire, la question de renier sa culture pour intervenir dans un autre pays ne se pose pas. Un intervenant estime que la morale de l’urgence pose problème dans toutes les organisations humanitaires qui ont méconnu durant de nombreuses années la question culturelle au nom de l’urgence et de la logistique. Il constate par ailleurs que la ressemblance entre les cultures est plus importante que les différences puisqu’elle se fonde sur la part d’humanité de chacun.

Laurence Kotobi souligne la complexité de l’objet et la multiplicité des enjeux qui ne sont pas seulement culturels mais aussi sociaux, économiques….

Un intervenant affirme que, sous l’angle de l’urgence, deux qualités sont fondamentales : la modestie et la disponibilité. Une intervenante ajoute que les qualités fondamentales dans un travail d’urgence et de réaliser un travail de qualité et la bienveillance.

Un intervenant distingue le moment d’urgence de dix jours où les acteurs de l’urgence manquent parfois de temps et de disponibilité pour s’intéresser à l’autre des situations de post-urgence. La démarche anthropologique consiste à montrer comment sont fabriquées les identités, permettant ainsi de dépasser le clivage d’essentialisation des différences. L’anthropologue ne décerne pas des prix mais aide à comprendre les processus et les stratégies mises en place. En ce sens, il pourrait travailler avec l’humanitaire sur les retours de missions mais ne saurait en aucun cas délivrer des recettes clés.

En conclusion, Michel Sauquet plaide pour l’intelligence de l’Autre et, de concert avec Joseph Dato, pour un rapprochement entre les chercheurs de toutes les disciplines et le monde de l’urgence.