| En touchant de plein fouet la capitale, le séisme du 12 janvier a ravagé un pays déjà fragilisé, le plus pauvre d’Amérique latine.Si l’urgence aigüe est passée, les besoins humanitaires restent colossaux. Présent depuis vingt ans sur l’île, notre ONG poursuit son action auprès des sinistrés et s’engage sur le long terme |
Si les routes de Port- au-Prince ont été dégagées, les maisons conservent la forme que leur a donnée le séisme et commencent à peine à être déblayées. Sur chaque parcelle de terrain libre, dans les rues, les jardins, les stades ou sur les places, des milliers de minuscules tentes sont sorties des décombres. Des tentes, souvent construites de bâches ou de draps qui protègent du soleil mais pas de la pluie. La majorité des 700000 sans-abri de la capitale s’y entassent, regroupés dans des camps improvisés où tout relève de la survie. Et c’est sans compter la saison des pluies qui aggrave leur précarité. Lorsque les premières pluies se sont abattues, l’eau et la boue se sont déversées dans les camps situés au flanc des collines. « Avec l’arrêt progressif de l’aide internationale d’urgence engagée par les États et la saison des pluies, nous avons augmenté le volume de nos activités », souligne Marc Van der Mullen, coordinateur du programme d’urgence.
MdM dispense quotidiennement des soins gratuits dans 8 quartiers de Port-au-Prince. « Tous nos dispensaires sont situés au coeur des quartiers les plus touchés, chacun couvrant entre 10000 à 15000 personnes », précise Marc. Sous de grandes tentes, chaque équipe d’une dizaine d’Haïtiens assure la vaccination des enfants et plus de 5 500 consultations par semaine. « Nous soignons surtout des diarrhées ou des infections respiratoires et cutanées comme la gale, liées aux conditions de vie, à la promiscuité et au manque d’hygiène. Je suis très inquiet, avec la saison des pluies, les inondations augmentent le nombre de cas », confie le Dr Dorvil Oldolph. L’arrêt de l’aide alimentaire risque également d’augmenter les cas de malnutrition. « Dans chaque dispensaire, nous avons donc mis en place un dépistage nutritionnel »,explique Catherine Vang, infirmière. Enfin, des consultations gynécologiques, pré et postnatales permettent d’accompagner « des femmes qui, pour la majorité, n’étaient pas suivies avant le séisme car tout était payant »,selon Vanessa Pini, sage-femme.
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© Sophie Brändström
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© Sophie Brändström
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La population est et sera durablement affectée. « Les Haïtiens ne doivent pas seulement faire le deuil de leurs proches, mais aussi le deuil collectif de leur vie, de leur pays d’avant », observe Marion De Saint Blancart, en charge du volet psychosocial. À chaque réplique ressurgissent la peur, les insomnies et les crises d’angoisses. Traumatisés, les sinistrés souffrent de dépressions et ressassent leurs souvenirs. Et l’avenir ? « Ils ne l’envisagent même pas. Ils vivent au jour le jour dans l’angoisse de l’arrêt de l’aide humanitaire », déplore Marion.
Pour les soutenir, les animateurs de MdM, tous Haïtiens, se rendent chaque jour dans les camps pour animer des ateliers de jeux pour les enfants. Ils peuvent ainsi exprimer ce qu’ils ressentent via des dessins ou des chansons. « La terre a tremblé, les autres nations sont arrivées et nous devons maintenant lutter pour reconstruire notre pays et reprendre notre vie », improvise l’un des garçons. Pour les adultes, des entretiens individuels ont été mis en place. « Beaucoup ont peur que cela recommence et je pense que ces séquelles vont durer », analyse Mendelson, l’un des 50 animateurs. À côté, Catherine mène des groupes de parole « pour partager et extérioriser les angoisses, explique-t-elle. Beaucoup souffrent de troubles de la mémoire. Ils se souviennent de chaque détail du 12 janvier mais plus de ce qu’ils ont fait les premiers jours. »
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© Sophie Brändström
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Pour désengorger la capitale et la reconstruire, le gouvernement a lancé un plan de relocalisation. Le but : déplacer les sinistrés vers des camps situés hors de la ville, souvent à plus de dix kilomètres. « Mais ils sont totalement isolés et dépendants de l’aide humanitaire. À cela s’ajoute la peur de perdre, en s’éloignant, le terrain où était construite leur maison. Et pour le moment aucune solution ne leur est proposée », constate Dominique Curis, chargée du volet protection de MdM. L’association reste vigilante aux expulsions forcées qui menacent des millions de sinistrés et aux conditions de relocalisation.En fonction des besoins, MdM pourrait être amené à y assurer un suivi.
Florence Priolet - Extrait du Journal des Donateurs N°99 - Juin 2010
Sommaire Journal des Donateurs N°99
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MÉDIAS
Médecins du Monde est présent sur la commune de Port au Prince depuis 1995 et sur le département de la Grande Anse depuis 1989. Suite au tremblement de terre de janvier 2010 et à l’épidémie de choléra débutée en novembre 2010, Notre ONG a renforcé ses activités médicales sur ces deux régions. Avec un taux de mortalité maternelle atteignant 630/100 000 naissances et un taux de mortalité infantile de 87/ 100 000, les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans restent le cœur d’action de MdM en Haïti.

