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Rapport - Rapport Moral 2009



Rapport Moral 2009 -
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Notre projet 2009 en chiffres

Les programmes internationaux

Planisphère

Afrique

Amérique latine

Asie

Europe de l’Est

Proche- et Moyen-Orient

Perspectives missions

Réseau international

Projets transversaux

Les missions en France

Notre mobilisation

Délégations régionales

Notre organisation

Glossaire

Remerciements



Notre Projet


Médecins du Monde entre dans sa trentième année. C’est certainement l’âge de la maturité, c’est aussi celui d’un militantisme assumé. Toujours en lien avec la réalité du terrain, nous avons su nous adapter et bâtir une organisation indépendante. C’est au regard d’une première année de présidence, mais riche de cette histoire, que l'on peut dresser un premier bilan de 2009.


Plusieurs évolutions ont marqué cette année :
  • Le durcissement des approches sécuritaires vis-à-vis des populations que Médecins du Monde soutient, dans un contexte de crise économique qui touche en premier lieu les plus pauvres et les plus exclus. Malgré des plans successifs, la question du logement des plus précaires n’est toujours pas abordée de manière concrète. Nos équipes sont confrontées au quotidien à l’absence de solution d’hébergement adapté pour les personnes que nous accompagnons sur nos programmes de soins.
  • Une profonde modification de l’offre de soins, avec sans doute des avancées, comme une place accrue des représentants des collectivités territoriales dans la gestion, mais aussi une logique économique qui prévaut, avec la mise en place de la tarification à l’activité dans les hôpitaux, les déremboursements et le développement des franchises médicales. Aucune avancée notable sur les questions d’accès aux soins pour les populations que nous prenons en charge. Sur les dispositifs de la loi de 1999 : CMU, AME, Pass…à l’exception des avancées sur la domiciliation, grâce notamment à MdM, on assiste à une régression.
  • La mise en œuvre d’une politique sécuritaire visant les acteurs de la solidarité en France eux-mêmes : Médecins du Monde, après avoir protégé une centaine de personnes rroms installées Quai de Saint-Ouen, dans la région parisienne, a été assigné en justice en juin 2009 pour occupation illégale d’un terrain de l’État. La justice a reconnu le bien-fondé de notre action humanitaire et tranché en faveur de la protection des personnes.


MÉDECINS DU MONDE A SU S’ADAPTER À CETTE ÉVOLUTION DES BESOINS


En résistant tout d’abord. Nous avons décidé de :
  • maintenir des centres d’accueil, de soins et d’orientations (Caso) dans 22 villes en France pour soigner et témoigner de la réalité des entraves à l’accès aux soins ;
  • poursuivre des actions mobiles qui nous permettent de soigner et de rendre compte de la réalité de l’extrême exclusion (missions auprès des personnes SDF, auprès des Rroms, auprès des personnes se prostituant) ;
  • dénoncer la maltraitance que notre société inflige aux populations rroms et la politique exclusivement répressive de l’État à l’encontre des migrants, à Calais, Paris ou Mayotte ;
  • intégrer le collectif Délinquants solidaires, pour témoigner de notre capacité et de notre détermination à refuser l’amalgame fait entre trafic organisé et devoir de solidarité.


En innovant ensuite. Nos projets auprès des personnes se prostituant se sont adaptés aux évolutions inquiétantes du cadre de la loi de sécurité intérieure. C’est l’exemple des projets mobiles Funambus, à Nantes, ou Lotus Bus, à Paris, qui vont à leur rencontre.



Face à l’impasse dans laquelle se trouvent les patients psychotiques vivant à la rue et le triangle infernal prison-rue-hôpital, nous avons su, à Marseille, Strasbourg et Paris, aborder les questions de la santé mentale et de la précarité en mettant en place des programmes adaptés.
Pour faire face à l’épidémie de VIH et d’hépatite C, MdM poursuit le développement d’initiatives innovantes, en matière de dépistage pour les plus précaires et de réduction des risques pour les usagers de drogues. Ainsi, dans une logique préventive, MdM a mis en place un programme d’éducation aux risques liés à l’injection.

En Guyane, la mise en place de tests de dépistage rapides était devenue une nécessité tant la prévalence du VIH est importante et notamment auprès des personnes migrantes.

À Mayotte, l’accès aux soins pour les enfants migrants de l’intérieur de l’archipel des Comores étant quasi impossible, nous mettons en place un programme d’accès aux soins et de plaidoyer en direction de cette population.



Par ailleurs, MdM continue de créer du lien entre praticiens, chercheurs et humanitaires en développant des diplômes universitaires consacrés à la santé et la précarité.

Enfin, il faut saluer le travail accompli par la mission parrainage des enfants hospitalisés et remercier sa responsable qui a su très tôt nous alerter sur la situation des enfants isolés dans les services hospitaliers.


DES MISSIONS INTERNATIONALES DYNAMIQUES

NOTRE INDÉPENDANCE DOIT SE RENFORCER


Une grande confusion continue de régner sur le terrain où défilent de plus en plus d’intervenants qui, à côté, avec, ou en amont des ONG se disent « acteurs de l’humanitaire »… Des militaires qui interviennent dans les gestions de crise, des sociétés de protection privées, comme en Irak ou en Afghanistan, chargées de la reconstruction, sans oublier bien sûr les États qui acheminent directement de l’aide ou envoient des dispositifs civils sur les terrains de crise et qui sont parfois les bailleurs principaux, voire exclusifs, de certaines ONG.

Si les motivations respectives de ces acteurs n’ont souvent rien d’humanitaire, sur le terrain elles sont souvent perçues et assimilées comme telles. Pour nos équipes, dans les zones de conflit, le travail n’en est que plus complexe et l’accès aux populations rendu difficile.

Notre indépendance vis-à-vis des acteurs étatiques et des agendas politiques, économiques ou militaires, est ici cruciale et mérite d’être renforcée pour que nous puissions continuer d’agir, notamment en Afghanistan, en Irak, en Colombie ou encore au Darfour/Soudan, en Somalie ou au Pakistan. Dans ce pays, les populations sont les premières victimes des affrontements réguliers entre les forces armées du gouvernement et l’insurrection menée par les talibans provoquant des déplacements massifs de population, estimés à 2 millions de personnes.
En d’autres termes, sans refuser le dialogue avec les acteurs étatiques, économiques ou avec les Nations unies, il s’agit de résister à toute forme de subordination à leurs agendas respectifs souvent éloignés des besoins des populations.

Le 12 janvier dernier, Haïti était touché par un violent séisme faisant plus de 200 000 morts, 500 000 personnes déplacées et 1,1 million de personnes sans abri.

Comme d’autres ONG, MdM a rapidement apporté des secours en équipes, matériel médical (plus de 30 tonnes) et médicaments essentiels permettant la mise en place d’activités médico-chirurgicales d’appui psychologique.

Tout cela a bien entendu été possible grâce à l’implantation de MdM dans ce pays depuis plus d’une quinzaine d’années à Port-au-Prince, mais également dans le département de la Grand’Anse, et ce en partenariat avec des acteurs locaux. Cette approche communautaire développée par l’association et ses partenaires aura permis de rapidement et efficacement porter secours aux populations affectées en lien et coordination avec les autorités locales et les autres ONG. L’association continuera d’apporter son soutien pendant de nombreuses années à la réhabilitation du système de soins dans le pays.


DES ENJEUX PRIORITAIRES


Le premier sujet touche à la mortalité maternelle et infantile et notre volonté d’agir en faveur des femmes et des enfants en soutenant les systèmes de santé dans les pays les plus vulnérables. Il s’agit également de renforcer le plaidoyer pour une meilleure accessibilité financière aux soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.

Un effort continuera également à être porté sur les conséquences médicales et sociales des violences et des discriminations liées au genre, comme c’est le cas actuellement en République démocratique du Congo. Ce défi concerne les pays en guerre, mais aussi l’accès à des soins adaptés aux femmes vivant dans les bidonvilles et les quartiers pauvres en Amérique latine, en Asie ou en Afrique.

En matière de sida, l’épidémie n’est pas finie. Malgré de réelles avancées en matière de lutte contre la pandémie, les risques de transmission de la maladie chez les populations vulnérables doivent être combattus, notamment chez les migrants, les travailleurs du sexe, les usagers de drogues (Afghanistan, Chine) et les efforts de prévention et de soin accrus via le dépistage (test rapide), le traitement thérapeutique (accès gratuit aux antirétroviraux, ARV) et le soutien à nos partenaires de santé. D’autre part, MdM s’est investi dans l’amélioration de l’accès aux ARV de façon décentralisée, dans les dispensaires ruraux, au plus proche des communautés touchées, comme au Zimbabwe, en Tanzanie ou en Birmanie, et souhaite poursuivre cet effort.

La question de la santé et l’environnement est un dossier en devenir. Et l’échec du sommet de Copenhague n’a rien de rassurant. À Madagascar aujourd’hui, et peut-être ailleurs demain, des projets communautaires sont initiés concernant la prévention des désastres naturels et de leur impact sur la santé. Mais aussi en s’inspirant de notre expérience en France sur la question de l’intoxication au plomb chez l’enfant par exemple.

La manière dont nos sociétés européennes abordent la question de la migration en ce début de XXIe siècle restera probablement, au regard de l’Histoire, une tragédie. Comment comprendre les silences face aux renvois vers leur pays en guerre de jeunes Afghans venus chercher refuge en Europe et qui, confrontés à une gestion des flux migratoires exclusivement répressive, se retrouvent dans la plus grande précarité à survivre dans des taudis, sur les plages de la Manche ou, dans les squares publics de Paris ou d’autres villes de France ? Nous, acteurs humanitaires de terrain, présents ici en Europe au-près des plus précaires, des marginaux et des sans-droits, et nous, soignants présents là-bas dans les pays d’origine, constatons jour après jour combien l’état de santé de ces personnes est précaire. Être au plus proche d’elles, apporter des soins physiques et psychiques, soutenir les associations du Sud impliquées sur cette question et témoigner de cette effroyable inhumanité, tel est très certainement un des objectifs prioritaires pour notre association dans les années à venir.

Dans le domaine de l’adoption internationale, MdM continue d’être un acteur incontournable et reconnu, même s’il convient régulièrement d’analyser les évolutions contextuelles telles que celles rencontrées au Vietnam ou en Haïti.


DÉVELOPPER DES PARTENARIATS DURABLES ET PLUS ÉQUILIBRÉS


À défaut de neutralité, c’est probablement dans l’impartialité de l’analyse des besoins et des réponses que se situe la spécificité d’une ONG humanitaire etmédicale comme MdM. Sans naïveté au regard des agendas internationaux ou nationaux, notre place réside plus que jamais dans la proximité avec les populations les plus précaires. Ainsi, nous devons continuer à développer des réseaux et à travailler en partenariat, localement et régionalement, pour une approche plus ancrée dans les réalités culturelles. Le partenariat ici et làbas avec des représentants des patients et avec des ONG locales est l’une des pistes pour tendre vers un humanitaire plus équilibré et vers cette nécessaire interdépendance dans un monde complexe et globalisé.


NOTRE FONCTIONNEMENT


Après vingt-cinq années au sein de MdM, dont dix-sept comme directeur général à l’action humanitaire, le Dr Michel Brugière a quitté l’association pour une retraite que nous lui souhaitons heureuse et militante. C’est l’occasion une nouvelle fois de le remercier pour avoir su nous guider et nous accompagner durant toutes ces années. Son successeur devra nous aider à affronter les profondes modifications à venir des contextes d’intervention et de la place de l’action humanitaire, tout en maintenant cette dimension bénévole etmilitante de notre association.

Médecins du Monde c’est aujourd’hui un réseau de 15 délégations régionales grâce auxquelles le travail au plus près des bénéficiaires est possible. Cette année, et dans la suite des engagements pris précédemment, nous avons poursuivi l’appui à ces délégations. Cette structuration était devenue nécessaire en raison de l’approche régionale des politiques de santé, mais aussi dans un souhait d’assurer unemeilleure cohérence de nos actions au regard des besoins locaux. Conscients que la question de l’accès aux soins des migrants en Europe se joue à Bruxelles, nous nous structurons également peu à peu à l’échelle européenne en termes d’actions, de soins et de témoignages, à travers le réseau international de MdM.

Les publications du second rapport de l’Observatoire européen de l’accès aux soins et du rapport Huma sur la législation d’accès aux soins des sans-papiers et demandeurs d’asile dans 10 pays de l’Union européenne en sont une parfaite illustration.

Cela démontre une nouvelle fois la pertinence de notre développement international et la nécessité pour MdM de renforcer le développement de ses délégations et bureaux afin d’accroître ses capacités opérationnelles et sa cohérence en termes de prise de parole.

2010 sera l’anniversaire des 30 ans de Médecins du Monde. Le temps de faire le point sur l’histoire et l’évolution d’une association toujours militante grâce à tous les acteurs qui participent à ses actions, qu’ils soient bénévoles, volontaires sur le errain, salariés, associatifs ou donateurs. Ce sera l’occasion surtout de se projeter avec lucidité et conviction dans l’avenir, ici et là-bas.