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Rapport moral et financier

Rapport Moral 2010

Les actions de MdM en France, en Europe et à l’international ont été menées en 2010 dans un contexte économique et social très dégradé, caractérisé par un accroissement rapide de la pauvreté, et notamment des inégalités de santé pour les plus précarisés ...

Les actions de Médecins du Monde en France, en Europe et à l’international ont été menées en 2010 dans un contexte économique et social très dégradé, caractérisé par un accroissement rapide de la pauvreté, et notamment des inégalités de santé pour les plus précarisés.

L’action internationale de Médecins du Monde s’est structurée autour de 4 thématiques prioritaires : les conflits et les crises, la santé reproductive et sexuelle, la réduction des risques et la lutte contre le VIH ainsi que les migrants et la santé.

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Rapport moral 2010

 
   
Sommaire du rapport moral 2010
  • Notre projet
  • 2010 en chiffres
  • Les programmes internationaux
  • Planisphère
    • Afrique
    • Amérique latine
    • Asie
    • Europe de l’Est
    • Proche- et Moyen-Orient
  • Réseau international
  • Projets transversaux
  • Les missions en France
  • Faits marquants
  • Délégations régionales
  • Notre organisation
  • Glossaire
  • Remerciements




 


NOTRE PROJET

LES MISSIONS INTERNATIONALES DE MÉDECINS DU MONDE: 4 THÉMATIQUES PRIORITAIRES

Les actions de Médecins du Monde en France, en Europe et à l’international ont été menées en 2010 dans un contexte économique et social très dégradé, caractérisé par un accroissement rapide de la pauvreté, et notamment des inégalités de santé pour les plus précarisés.

L’action internationale de Médecins du Monde s’est structurée autour de 4 thématiques prioritaires : les conflits et les crises, la santé reproductive et sexuelle, la réduction des risques et la lutte contre le VIH ainsi que les migrants et la santé.


Les actions de MdM en France, en Europe et à l’international ont été menées en 2010 dans un contexte économique et social très dégradé, caractérisé par un accroissement rapide de la pauvreté, et notamment des inégalités de santé pour les plus précarisés.

L’action internationale de Médecins du Monde s’est structurée autour de 4 thématiques prioritaires : les conflits et les crises, la santé reproductive et sexuelle, la réduction des risques et la lutte contre le VIH ainsi que les migrants et la santé.


 • Conflits et crises : la réponse aux urgences en Haïti et au Pakistan

Le 12 janvier 2010, un terrible tremblement de terre dévastait Haïti, en particulier sa capitale, Port-au-Prince. Présentes depuis plus de vingt ans sur l’île, les équipes de MdM se sont immédiatement mobilisées et tout au long de l’année ont maintenu une présence médicale et sociale essentielle dans les quartiers déshérités de la capitale, mais aussi dans les provinces.

Un an après, la situation politique, sociale et sanitaire reste toujours aussi préoccupante, entre des élections dont l’issue est incertaine et une épidémie de choléra qui affecte désormais la totalité de l’île. Les équipes de MdM, haïtiennes et internationales, font face à l’urgence et ont permis ces derniers mois la survie de nombreux sinistrés dont la situation reste précaire.

Pendant l’été 2010, MdM a été mobilisé par les inondations au Pakistan. Notre connaissance préalable de la région frontalière de l’Afghanistan et des partenariats établis antérieurement nous ont permis de mener des actions ciblées en faveur des sinistrés, là aussi avec l’aide des équipes locales, très autonomes et réactives. Nous avons fait le choix de nous concentrer sur des zones que nous connaissions, de répondre aux besoins médicaux par des actions mobiles et aussi en appui aux structures de santé existantes.

La présence de MdM sur les terrains de crises et de conflits, même si cela n’est pas toujours aisé, a été cette année encore réaffirmée. En Afghanistan, au Pakistan, en Irak, au Soudan, dans les Territoires palestiniens, au Yémen, en Somalie, en République démocratique du Congo, en Colombie… nous continuons d’être présents auprès des populations les plus fragiles, dans des zones souvent complexes, de manière originale sur certains programmes (en mettant en oeuvre par exemple un programme de réduction des risques à Kaboul).

Les enjeux sécuritaires sont une contrainte majeure que nous ne pouvons occulter. Les prises d’otages de personnels internationaux, mais aussi nationaux, en Afghanistan et au Sahel, sont là pour nous rappeler que, sur ces terrains, le maintien de notre indépendance de choix et d’action est l’un des défis majeurs.

La confusion entre logiques sécuritaires et stratégiques et logique humanitaire est également toujours plus grande : sans refuser le dialogue avec les acteurs étatiques ou les Nations unies, nous réaffirmons néanmoins notre volonté de résister à toute forme de subordination à leurs agendas, politiques, économiques et militaires.

Au Soudan, enfin, l’action de MdM, qui porte assistance aux populations de la région isolée du Jebel Marra au Darfour, livrée aux combats entre forces gouvernementales et d’opposition, a été entravée ces derniers mois. Au moment où nous finalisons ce rapport moral, les autorités ont décidé de notre expulsion du Darfour, chassant ainsi l’un des rares acteurs et témoins encore présents et actifs auprès de dizaines de milliers de déplacés qui tentent de se protéger des combats.


 • Santé reproductive et sexuelle

De manière générale et au-delà des seuls terrains de crise, des avancées sont à noter ces dernières années en matière de santé. Accroissement mondial du nombre de patients sous ARV (plus de 5 millions), premiers chiffres encourageants d’une réduction de la mortalité maternelle dans plusieurs régions du monde, effort de la communauté internationale pour soutenir des initiatives de levée de barrières financières pour l’accès aux soins… Il n’en demeure pas moins que ces dispositifs innovants commencent à s’essouffler ; la situation des personnes séropositives en RDC est à ce titre particulièrement inquiétante, avec des ruptures de traitement par manque de financements.

La mortalité en lien avec la grossesse et le VIH représente près de la moitié des causes de décès des femmes entre 15 et 49 ans (OMS, Women and Health, 2009). C’est pourquoi nous poursuivons nos engagements en faveur des femmes enceintes et des enfants. Le savoir-faire acquis ces dernières années sur nos programmes au Liberia et dans la région du Sahel est à ce titre intéressant. Le renforcement des systèmes de santé auquel nous participons, la formation des personnels, mais aussi l’accessibilité financière que nous facilitons sont de vraies plusvalues à valoriser sur d’autres projets. La tenue du G8 et du G20 en France en 2011 sera un temps fort pour rappeler que la santé ne peut et ne doit pas devenir un produit de luxe, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants.


 • Réduction des risques et lutte contre le VIH

Après avoir initié un programme auprès des usagers de drogues à Kaboul, MdM poursuit ses activités de réduction des risques, comme en Tanzanie, en mettant en place un projet auprès des travailleurs du sexe et des usagers de drogues. Si cette approche correspond à un choix stratégique de l’association, cela se fait dans la continuité de ce que nous avons su initier en Europe. Ce positionnement sur des problématiques méconnues ou ignorées (la prévalence du VIH dans des populations spécifiques : usagers de drogues, travailleurs du sexe, personnes homosexuelles…) en Afrique subsaharienne ou ailleurs est l’un des axes que nous souhaitons développer dans l’avenir.


 • Migrants et santé

Accords de réadmission, Frontex, Dublin 2, autant de noms, de décrets, de circulaires qui ne visent tous qu’une seule chose : contraindre les pays du Sud à réguler eux-mêmes les flux migratoires et externaliser la gestion des migrants aux portes de l’Europe.

Nos programmes dans les pays d’origine (Afghanistan, Afrique subsaharienne notamment), mais aussi tout au long des parcours migratoires (Turquie, Algérie, Sahel…), nous permettent une lecture globale de ces dynamiques humaines, médicales et sociales. En assistant ces personnes tout au long de leur migration, nous tentons de leur apporter des soins, et nous cherchons à témoigner de l’impact négatif sur la santé des politiques migratoires mises en place par les 27 pays européens.


 • Développer des partenariats plus équilibrés

Les 30 ans de MdM ont été l’occasion de mettre en valeur des partenariats avec les associations locales des pays dans lesquels nous intervenons. Des débats riches et fructueux ont eu lieu en juin à Paris. Des engagements ont également été pris. Une initiative intéressante a été mise en place en août 2010 au Pakistan lors des inondations qui ont affecté ce pays. Au-delà du programme mené par nos équipes, nous avons fait le choix de soutenir Mcwak, partenaire historique de MdM, afin qu’il puisse mener un projet de santé materno-infantile dans une zone inondée.

Un « nouveau » monde est sans doute en train de naître à la frontière sud de l’Europe. Un bouleversement de nombreuses idées reçues sur le monde arabo-musulman qui, de Tripoli à Bahreïn, de Tunis au Caire, aspire à la liberté, à la démocratie et à un mieux vivre. MdM est présent depuis de nombreuses années dans plusieurs pays de cette zone. Le choix qui a été le nôtre de privilégier des approches partenariales trouve ici sa légitimité. En appuyant des acteurs de la société civile en Égypte par exemple, nous sommes au plus proche des besoins des populations. En travaillant conjointement avec des organisations africaines et arabes à l’accueil des migrants aux frontières libyennes, nous apportons des réponses humanitaires et démontrons que la notion de solidarité internationale prend ici tout son sens.


 • Environnement et santé

En 2010, plus de la moitié de la population mondiale vit désormais en zone urbaine. L’accroissement démographique et l’industrialisation de nos sociétés font apparaître de nouvelles problématiques : réchauffement climatique, gestion des déchets de santé, catastrophes industrielles. L’augmentation des catastrophes naturelles nous amène à mettre en oeuvre, à Madagascar notamment, un programme de réduction des risques liés aux cyclones. C’est un savoir-faire que nous souhaitons développer dans l’avenir.

Après avoir contribué à une amélioration des conditions de travail et à la mise en place d’un observatoire de la santé des travailleurs intervenant dans les mines d’uranium d’Areva au Gabon et au Niger, MdM a fait le choix de se retirer de ce dispositif. La dégradation des conditions de sécurité au Sahel et notre nécessaire indépendance vis-à-vis de l’état français dans cette zone du monde nous ont amenés à prendre cette décision.


 • L’adoption internationale

 Dans le domaine de l’adoption internationale, MdM continue d’être un acteur incontournable et reconnu. En faisant de l’adoption d’enfants à particularités (enfants grands, fratries, enfants malades ou victimes d’un handicap) sa priorité, l’association valorise au mieux sa spécificité médicale et continue d’envisager cette activité comme partie prenante des mécanismes de protection de l’enfance.


 • Lutter contre les inégalités de santé

 La médecine deviendra-t-elle un produit de luxe, surtout pour les plus pauvres ? Comme le montrent les données de l’Observatoire de l’accès aux soins en France publié par MdM, on a assisté en deux ans à un accroissement du nombre de consultations dans les centres de MdM (+ 17 %), à une majoration des retards aux soins (+ 30 %) et à une hausse de 30 % des consultations de mineurs. Pour faire face à ces évolutions inquiétantes, notre présence en France est plus que jamais nécessaire. Il nous faut poursuivre nos actions de soins, et continuer à témoigner du sort des plus démunis. Ne nous y trompons pas, remettre en cause aujourd’hui la protection sociale des plus fragiles, c’est remettre en question les fondamentaux même de notre système de protection sociale. Face à ce grand marché de la santé qui attire les investisseurs les plus divers, dans le champ du médicament, des services médicaux ou de l’accompagnement de la dépendance, la CMU et l’AME font figures de vestiges d’une conception politique privilégiant la force du collectif et de la régulation.


 • Adapter nos actions de prévention et de soins, convaincre

La situation à Calais et à Dunkerque pour les migrants reste préoccupante. Tous les jours nos équipes bénévoles apportent des soins et tentent de garantir aux personnes que nous prenons en charge un respect des droits fondamentaux.

A Mayotte, département français de l’océan Indien, les équipes de MdM ont apporté des soins à près de 3 000 enfants en 2010. Au-delà du soin, nous poursuivons nos actions afin de garantir un accès aux droits à ces enfants. Le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) a donné raison à MdM en demandant l’affiliation directe d’un mineur à une caisse de sécurité sociale. Surtout, le Tass reconnaît que la France ne respecte pas la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide).

Les politiques quasi exclusivement répressives menées vis-à-vis des usagers de drogues en France ne permettent pas efficacement de répondre à l’épidémie d’hépatite C qui touche cette population. Le développement de notre programme d’éducation aux risques liés à l’injection (Erli) va se poursuivre et devrait permettre en 2011 de présenter les premiers résultats de cette expérience pilote en France. Après une première expérience d’instauration des tests de dépistage rapide du VIH en Guyane, les équipes vont mettre en place ces dispositifs en métropole.


 • Dénoncer les conséquences sanitaires des politiques sécuritaires

En France, la poursuite en 2010 d’une politique régressive en termes d’accès aux soins pour les plus précaires et les exclus aboutit à un niveau de stigmatisation visà- vis des plus pauvres jamais atteint. Le discours du président de la République au cours de l’été à Grenoble donnant le cap du « tout sécuritaire » pour traiter les malaises de notre société et le vote récent par les parlementaires d’un démantèlement progressif de l’aide médicale d’état (AME) sont des signaux alarmants de la place que le gouvernement accorde aux personnes en situation de vulnérabilité. MdM inscrit durablement son action dans la dénonciation de l’utilisation de la médecine à des fins sécuritaires avec, en 2010, la publication de l’ouvrage Pratique et éthique médicales à l’épreuve des politiques sécuritaires, comme nous l’avions déjà fait dès 2007 avec nos prises de position sur les tests ADN ; la participation au collectif des délinquants solidaires en 2010 ; l’appel à signature de la Déclaration européenne des professionnels de santé pour un accès non discriminatoire aux soins en 2010 ; ou, plus récemment encore, la dénonciation par MdM du paradoxe sanitaire qui veut qu’au moment même où le ministère de la Santé valide la mise en place des tests de dépistage rapide du VIH, un démantèlement progressif de l’AME compromet l’accès aux traitements des plus vulnérables.


 • Témoigner au niveau européen

Médecins du Monde mène des actions de soins auprès des personnes précaires dans 11 pays européens. Cette présence et cette légitimité nous donnent une responsabilité particulière. Au-delà de nos actions, la mise en place d’un Observatoire de l’accès aux soins en Europe est une priorité afin de témoigner des disparités en termes d’accès aux soins au sein même de l’Union européenne.

Ces actions sont possibles grâce à la dynamique impulsée par les associations du réseau international de MdM en Europe, toutes très engagées auprès des plus vulnérables.


 • Maintenir un modèle associatif dynamique et consolider nos ressources privées

L’année 2010 a été marquée pour MdM par une phase de forte croissance, tant sur le plan du volume de nos missions que des engagements financiers. Cette croissance étant essentiellement portée par les missions internationales avec près de 10 millions d’euros d’engagements supplémentaires sur le secteur international en deux ans. Si cette croissance d’activités est le signe d’une vraie vitalité de notre association et de notre capacité à répondre aux besoins, cela ne doit pour autant pas se faire au détriment de notre indépendance. Le développement de nos ressources privées dans les années à venir reste une priorité.

Médecins du Monde, c’est une association médicale qui, avec près de 2000 bénévoles en France et 1 200 adhérents, continue à croire qu’au-delà des actions de soins et de témoignages, il y a une place pour un engagement militant dans notre propre société. Ce modèle, c’est l’engagement de citoyen au sein d’une association qui observe avec attention et inquiétude l’émergence de nouvelles formes de précarité et d’entraves à l’accès aux soins pour des populations exclues

Présents dans 43 pays et en France, les volontaires de Médecins du Monde restent fidèles à l’engagement initial : celui de soigner et témoigner. Avec trente années d’expérience, nous avons su bâtir des liens étroits avec les sociétés civiles de par le monde. Dans un monde en mutation qui fait face à des disparités croissantes, plus que jamais cet ancrage local est nécessaire pour appréhender ces évolutions et répondre au mieux aux besoins des populations.


Dr Olivier BERNARD, président de Médecins du Monde France




Mai 2011