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Ivory Coast

Abidjan- 10 may 2011

Yopougon, refuge for large groups of lost militias and mercenaries who had nowhere to go after the fall of Gbagbo last month. Trapped in the midst of the population they can only wait until the new revolutionary forces are ready in dealing with the large militia of Ibrahim Coulibaly in the north of the city before coming for them. Anarchy ruled in most of the thirteen neighbourhoods and villages that make up Yopougon during these last weeks, with the nervous armed gangs and militias causing havoc. As so often also now the poorest part of the inhabitants, living in the scattered slums had little choice but to live through the events while many of the slightly better of managed to part to safer ground.

 Last week the final battle for Yopougon and full control of Abidjan has started and was battled out block for block, street by street. Eliminating unorganised militias from a densely populated area of over fifty square kilometres must have been a nightmare for all who have witnessed it. While visiting some of the health centres in the worst hit areas the tension of the past events could almost be touched. Some wanted to talk to us while many others avoided any subject related to fighting or security. Many times we were asked to call in the bodies of militia fighters that had been left for days in the middle of the neighbourhoods adding to the already tense atmosphere. Searches for militia members hiding inside the community continue and the new revolutionary forces are all around.

 Most of the health centres in Yopougon have been closed in the last month, a few have however managed to continue some basic care with limited staff and medication. The staff who often lives in the same neighbourhood understands the importance of the centre also for the moral of the people despite the lack of drugs. They often have had to treat militants and military under tense circumstances and sometimes threats but also the population trapped in the middle of the fight. We admire their sense of realism and calm in continuing their work and understanding that whatever the reason or background in the end a patient remains a patient.

Since two weeks our teams are working to reinforce the capacity of the ministry of health to ensure the reopening of twenty large primary and maternal healthcare centres in and around Yopougon. Temporarily all healthcare and drugs are for free to allow optimal access and prevent further impact of the crisis. We ensure the services in the centres by contributing in the operating costs and providing drugs and materials to allow quality consultations. In the hardest hit areas we are quickly replacing looted medical equipment and materials in the centres which have been looted. We take special care of those who are directly impacted by the crisis and need aftercare like the wounded, victims of sexual violence, carriers of HIV and TB and the referral of psychosocial care. The only psychiatric hospital of Abidjan is also supported by us to ensure free consultations to all who need this today.




Abidjan - 10 mai 2011

Yopougon, refuge pour de nombreux miliciens et mercenaires qui n’avaient nulle part où aller après la chute de Gbagbo le mois dernier. L’anarchie y a régné en maître au cours des dernières semaines, les gangs armés et les milices faisant régner la terreur. Et comme souvent, la frange la plus pauvre de la population, celles des bidonvilles, n’avait d’autre choix que de subir les combats tandis que ceux qui étaient un peu mieux lotis tentaient de se rendre en lieu plus sûr.

La semaine dernière s’est jouée la bataille finale pour Yopougon et le contrôle total d’Abidjan, pâté de maison par pâté de maison, rue par rue. En visitant les centres de santé dans les zones les plus touchée, on pouvait presque toucher la tension des derniers jours. Certains voulaient nous parler quand d’autres évitaient tout sujet lié aux combats ou à l’insécurité. A de nombreuses reprises, on nous a demandé de ramasser les corps des miliciens qui avaient été abandonnés depuis plusieurs jours au beau milieu des rues, ajoutant encore de la tension dans une atmosphère déjà très lourde. La traque des combattants qui se cachent parmi les populations se poursuit.

La plupart des centres de santé de Yopougon sont restés portes closes le mois dernier, certains pourtant sont parvenus à fournir des soins de base avec le peu de personnel et de médicaments présents. Les soignants, qui souvent vivent eux-mêmes dans le quartier, savent à quel point le centre de santé représente un soutien moral pour toute la population malgré le manque de traitements. Ils ont souvent eu à soigner les combattants et des militaires dans des circonstances difficiles et parfois sous la menace, mais également les civils pris au piège des combats. Nous admirons leur sens des réalités et le calme dont ils ont dû fait preuve pour continuer à travailler et comprendre que quelle que soit la cause ou le contexte, au final un patient reste un patient.

Depuis deux semaines, nos équipes œuvrent à renforcer les capacités du ministère de la Santé pour obtenir la réouverture des 20 centres de santé dans et autour de Yopougon. Le gouvernement a décrété la gratuité temporaire de tous les soins médicaux et des médicaments. Nous nous assurons du bon fonctionnement des centres en participant aux coûts de fonctionnement et en fournissant médicaments et matériel. Dans les zones les plus touchées, nous remplaçons les équipements qui ont été pillés. Nous accordons une attention particulière à ceux qui ont été directement touchés par la crise et ont besoin de soins comme les blessés, les victimes de violences sexuelles, les porteurs du VIH ou de la tuberculose, et référons les patients pour les soins psychosiaux. Nous soutenons également le seul hôpital psy d’Abidjan pour dispenser des consultations gratuites pour tous ceux qui en ont besoin.

Madame E, directrice d'une maternité et d'un dispensaire, nord d’Abidjan
« Dès la mi-décembre, juste après les élections, des gens ont commencé à tirer sur des manifestants. Certains sont venus se faire soigner à la maternité, mais comme ils avaient des balles dans le corps, nous les avons dirigé vers les hôpitaux. A partir du 12 février, notre personnel a demandé à fermer la maternité et le dispensaire car c’était trop dangereux. Alors nous avons arrêté nos activités. Et fin mars, nos deux centres ont commencé à être pillés, saccagés. Depuis nous ne pouvons plus travailler, bien que le personnel ait commencé à revenir. Nous comptons sur les ONG pour redémarrer nos activités. »

Monsieur L, responsable d’une association
« Le jeudi 31 mars, je suis parti comme d’habitude au travail, mais plein d’amis m’ont appelé pour me dire de rentrer car les nouvelles étaient alarmantes. Avec un collègue, nous avons été encerclés par des civils armés qui voulaient nous prendre le véhicule. Finalement, ils nous ont laissé passer, car nous leur avons dit que nous étions dans un véhicule humanitaire. Une fois rentrés, ce fut la descente aux enfers : les rues étaient vides. Pendant quinze jours, personne ne pouvait plus sortir, on ne voyait que des hommes en armes, parfois avec des couteaux, qui organisaient des barrages pour arrêter et rançonner les gens. Seule la Croix-Rouge ivoirienne pouvait circuler pour ramasser les corps. On pouvait se faire tuer pour un rien, parce qu’on n’était pas Ivoirien ou du même bord ou parce qu’on portait des amulettes. C’est ce qui est arrivé à un homme qui était pourtant du quartier. Les tueurs étaient souvent des jeunes, complètement drogués ou ivres. Un jour, un groupe a voulu nous brûler car nous étions une ONG, donc dans leur esprit nous étions le diable, forcement du côté de la France ! Au bout de ces quinze jours de folie, les habitants ont commencé à ressortir de chez eux car ils n’avaient plus rien à manger et ils n’avaient pas d’autres solutions que d’aller piller les magasins. Les chefs de communauté n’étaient même plus respectés : les gens avaient perdu toute valeur. Aujourd’hui, la situation est stable, nous ne sommes pas directement menacés, même s’il y a toujours des jeunes armés qui circulent. »

Avril 2011

Après la flambée guerrière, l’urgence sanitaire

Abidjan panse ses plaies. Positionnée depuis le 20 avril, la mission d’urgence de Médecins du Monde appuie les structures locales de santé que les combats violents ont gravement désorganisées.

Reportage réalisé les 2 et 3 mai 2011

Temps suspendu

© MdM

« Bonne et heureuse année 2011 ». L’immense placard publicitaire qui orne la façade du stade Félix Houphouët-Boigny résonne comme une ironie douloureuse. Ou un espoir. Il rappelle surtout que la vie d’Abidjan, de la Côte d’Ivoire en général, s’est arrêtée quelque part entre la fin de l’année 2010 et le début du mois de mai 2011. Plus de quatre mois de violences qui auraient fait entre 1 000 et 3 000 morts.

Le directeur d’une ONG locale évoque un épisode encore récent de ce que l’on appelle déjà « la bataille d’Abidjan » : « Le jeudi 31 mars, je suis parti comme d’habitude au travail, mais plein d’amis m’ont appelé pour me dire de rentrer car les nouvelles étaient alarmantes. Avec un collègue, nous avons été encerclés par des civils armés qui nous ont laissé passer car nous leur avons dit que nous étions dans un véhicule humanitaire. Une fois rentrés, ce fut la descente aux enfers : les rues étaient vides. Pendant quinze jours, personne ne pouvait plus sortir, on ne voyait que des hommes en armes, parfois avec des couteaux, qui organisaient des barrages pour arrêter et rançonner les gens. »

Appuyer sans se substituer

C’est dans les locaux de cette association ivoirienne que Médecins du Monde a stocké les matériels et médicaments qu’elle a acheminés par avion. Depuis son arrivée, l’équipe d’urgence s’est attachée à identifier les structures de santé et à recenser leurs besoins, le tout en lien avec les autorités sanitaires du pays. Dans les quartiers de Yopougon, mais aussi d’Attécoubé et Willamsville, ce sont vingt-trois centres de santé primaire et un hôpital psychiatrique qui sont concernés, en plus du CHU de Cocody.

Au nord de la ville, une maternité et un dispensaire de quartier sont fermés depuis plus de deux mois. « A partir du 12 février, nous raconte la directrice, notre personnel a demandé à fermer la maternité et le dispensaire car c’était trop dangereux. Alors nous avons arrêté nos activités. Et fin mars, nos deux centres ont commencé à être pillés, saccagés. Depuis nous ne pouvons plus travailler, alors que les personnels sont prêts à reprendre leurs postes. Nous comptons sur les ONG pour redémarrer nos activités. »

Relancer l’activité des centres de soins

Et cela commence par une remise en état des installations vandalisées. Pacôme, le logisticien ivoirien de la mission Médecins du Monde, et une aide-soignante du dispensaire parcourent les rues à la recherche de seaux, de gants, de produits de nettoyage. L’affaire n’est pas si simple dans ce quartier qui, quelques jours plus tôt, était encore en proie à des affrontements. Dans les boutiques, sur les étals du marché voisin, les marchandises font parfois défaut. Les habitants sont encore sous le choc. L’un d’entre eux nous interpelle et raconte les tirs en rafale qui ont déchiqueté les façades et puis la fuite, loin, à 200 kilomètres d’Abidjan, « pour sauver notre peau ». D’autres, des femmes en particulier, s’informent : elles veulent savoir quand elles pourront de nouveau aller au dispensaire.

Garantir l’accès à des soins gratuits

Car si le nouveau président de la République, Alassane Ouattara, a annoncé la gratuité des soins de santé pour six semaines, les centres de santé publics n’ont pas les moyens de payer le personnel ni d’assurer l’approvisionnement en médicaments. C’est là que Médecins du Monde intervient en appui, pour permettre à ces structures d’assumer cette politique de gratuité et relancer leurs activités au fur et à mesure que les conditions de sécurité sont rétablies. Nos équipes remettent donc en état ces centres, assurent leur approvisionnement en médicaments et garantissent la disponibilité du personnel médical.

Pénurie de matériels médicaux

© MdM

Au CHU de Cocody, le service de traumatologie ne désemplit pas. Entre le 31 mars et le 22 avril, près de trois cent cinquante blessés y ont été admis, victimes de tirs ayant causé des fractures ouvertes. Lorsque l’équipe de Médecins du Monde est arrivée, une centaine d’entre eux était en attente d’une opération, faute de matériel. Une pénurie qui aura malheureusement abouti à des amputations pour certaines victimes. C’est dire si le matériel ‑ champs opératoires, gants et compresses stériles, seringues, aiguilles, solutés de lavage ‑ que Médecins du Monde apporte est essentiel : « Cela nous permettra de tenir pendant un mois », estime le chef de service.

Fin du blocus de Yopougon

Désormais, tout le monde veut croire que le plus dur est passé. Yopougon, dans l’ouest de la ville, le dernier quartier où des combats continuaient, a été désenclavé. Au prix de dizaines de cadavres que la Croix-Rouge ivoirienne a ramassés. Dans ce no-man’s land, plus d’1,5 million de personnes ont vécu des semaines dans des conditions précaires, avec un accès à la nourriture et à l’eau potable limité. Seules quatre des quinze structures de soins de santé primaires étaient accessibles. Médecins du Monde les a ravitaillées en médicaments, mais la réouverture de ce sanctuaire inquiète quant à l’état sanitaire des populations.

Retour à l’anormal…

© MdM

La chaleur moite qui enserre Abidjan annonce la saison des pluies. Et avec elle le spectre d’une épidémie de malaria, qui viendrait s’ajouter à la crainte d’épidémies de choléra et de rougeole.

Certes, la ville connaît de nouveau des embouteillages impressionnants : « Un signe que la vie reprend peu à peu… », déclare Josiane, une infirmière de Médecins du Monde qui connaît bien Abidjan. En repassant devant le stade Houphouët-Boigny, on découvre que la publicité n’avait pas dit son dernier mot : « 2011, le meilleur reste à venir ». Espérons pour la Côte d’Ivoire qu’il ne s’agisse pas d’un vœu pieu.

Boris Martin, extrait du Journal des Donateurs N°103

Aux origines de la guerre civile

© MdM

Fin novembre 2010, Alassane Ouattara est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par la Commission électorale indépendante et reçoit le soutien du premier ministre Guillaume Soro et d’une partie de la Communauté internationale. De son côté, le président sortant Laurent Gbagbo est déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel et reçoit le soutien du général Philippe Mangou, commandant de l’armée. La Côte d’Ivoire se retrouve avec deux présidents tentant de s’imposer sur l’ensemble du pays.

Cette situation va paralyser l’économie du pays et plonger la population ivoirienne dans une nouvelle crise interne. Des combats éclatent à Abidjan entre des forces armées pro-Ouattara et l’armée régulière. Début mars, la tension gagne l’ouest de la Côte d’Ivoire, où les Forces Nouvelles qui contrôlaient une grande partie du Nord du pays, prennent le contrôle de nouveaux territoires. Fin mars les pro-Ouattara, rebaptisés Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) prennent le contrôle de Yamoussoukro, capitale politique du pays. Le sud du pays est conquis en quelques heures et les troupes pro-Ouattara entrent dans Abidjan sans rencontrer de réelle résistance : l’armée régulière et la gendarmerie ont fait défection et se sont rangées du côté d’Alassane Ouattara.

Laurent Gbagbo et sa famille se sont retranchés dans la Palais présidentiel d’Abidjan, protégés par un dernier carré de fidèles. Le palais est assiégé par les forces pro-Ouattara, appuyées par les forces onusiennes et françaises, et Laurent Gbagbo est arrêté le 11 avril.

Mai 2011

Contexte

 

La crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011 a fait près de 3.000 morts, entrainé plus de 100 000 déplacés internes et 300 000 refugiés. Cette crise a constitué le sommet des tensions entre les pro-Gbagbo et la rébellion du Nord, qui ont touché et fragilisé le pays durant les 10 dernières années.

Si l’activité économique semble se redresser plus rapidement que prévue, les chantiers lancés sont vastes et leur réussite sera déterminante pour la stabilité future du pays. Cette crise a appauvri la Côte d’Ivoire. Il est donc crucial pour le relèvement du pays que le taux de chômage actuel diminue rapidement et que les Ivoiriens retrouvent un pouvoir d’achat face à un coût de la vie ayant considérablement augmenté.

La situation humanitaire en Côte d’Ivoire, demeure précaire dans différents secteurs : sécurité, éducation, santé, sécurité alimentaire, eau, hygiène et assainissement, etc.

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Le programme humanitaire de MdM dans le Bas Sassandra

© MdM

MdM mène un programme d'amélioration de la santé maternelle et infantile. Ce programme humanitaire apporte un accès aux soins aux personnes les plus vulnérables : les femmes et les enfants de moins de 5 ans, cible prioritaire des politiques de gratuité des soins.

Réhabilitation des services obstétriques d’urgence et des maternités

Pour participer à un effort d’amélioration des structures de santé MdM propose mène des travaux de réhabilitation de services d’urgence obstétriques et dans les maternités par :
- L’équipement/remise à neuf du matériel médical dans les services d’urgence obstétrique selon les besoins identifiés.
- L’équipement des salles de maternité en matériel standard minimum nécessaire à la prise en charge des grossesses et des accouchements non complexes et en outils spécialisés permettant le diagnostic de complications précoces (tables d’accouchement, Dopler, aspirateur, kit d’accouchement, kit épisiotomie, pèse bébé, petit matériel médical nécessaire à l’examen).

Approvisionnement en médicaments et consommables de santé maternelle et infantile

Afin d’assurer la continuité des services ainsi que la gratuité des soins de santé maternelle et infantile, MdM approvisionne les maternités en médicament et consommables sur la base d’une liste de médicaments essentiels.

Formation du personnel médical en santé maternelle et infantile

La formation du personnel médical a pour premier objectif l’amélioration de la prise en charge des urgences obstétricales.
Pour les centres de santé, il s’agit avant tout de repérer les grossesses à risques et les urgences pour être en mesure de les référer à temps dans les hôpitaux de référence.

Personnel

38 personnes Abidjan et San Pedro :
1 coordinateur général
1 logisticien
1 administrateur
1 représentant institutionnel
1 coordinateur médical
3 sages-femmes (2 pendant 4 mois, 1 pendant 10 mois)

Equipe Nationale (Abidjan et San Pedro confondus) :
3 assistants admin
3 assistants logistique
3 sages-femmes
1 gynécologue (consultant 3 semaines)
1 pharmacien
+ Personnel non médical

Responsable Mission : André-Jean Pocheron

Sources de financement : ECHO / MdM France et MdM Suisse

Budget 2011 : 1 112 800 €

Novembre 2011