Les femmes représentent 85 % des salariés des usines de textiles et des industries agroalimentaires. Parce qu’elles ont besoin de travailler, qu’elles sont vulnérables et qu’elles n’ont que peu de perspectives d’emploi, les femmes sont plus susceptibles d’accepter n’importe quelles conditions de travail.
Les femmes sont majoritairement jeunes : 34 % des ouvrières sont mineures dans l’agro-industrie et 56 % ont entre 18 et 40 ans. Dans l’industrie textile, 92 % ont moins de 40 ans et 4% sont mineures.
En raison de la précarité dans laquelle vivent souvent leurs familles, la majorité (76.2 %) d’entre elles a du commencer à travailler alors qu’elles étaient encore mineures et 35.1 % avant l’âge de 13 ans. « Ce sont presque des femmes-enfants qui ont grandi trop vite. Elles n’ont pas eu d’autre choix que de travailler dans ces usines pour survivre », témoigne Pilar Giraux, responsable de la mission MdM Guatemala.
Indigènes, pour la plupart : 56,2 % des femmes travaillant dans les usines agroalimentaires sont indigènes tout comme 41 % des ouvrières de l’industrie textile.
Avec un faible niveau de scolarisation : seules 1/3 d’entre elles savent lire et écrire, 43,9% ont suivi le cycle primaire et seules 12,8% le cycle basique (jusqu’à 15 ans).
Mères célibataires : 70 % des femmes travaillant dans les usines agroalimentaires sont célibataires ainsi que plus de 50 % des femmes dans les maquilas. Beaucoup sont mères or le fait d’être mère célibataire accroit leur dépendance au travail.
Des salaires parmi les plus bas du pays
Alors que ces usines bénéficient de nombreuses exonérations - des droits de douane, des charges liées à l’importation et d’impôts pendant 10 ans les salaires des maquilas et des agro-industries sont les plus bas salaires touchés par les ouvriers au Guatemala.
Le salaire minimum légal est de 56 Quetzal (4,8 euros) par jour, il n’est pourtant que de 51,75 Q (4,4 euros) pour les maquilas et les agro-industries.
Au Guatemala, le panier moyen permettant de couvrir les besoins d'une famille s’élève à 3 600 Q (307 euros) par mois. Or, dans les usines de textiles, près de 3 600 Q (307 euros) par mois. Or, dans les usines de textiles, près de 65% des femmes perçoivent des salaires inférieurs à 1 500 Q (130 euros) et dans les industries agro alimentaires, 70.5% des femmes touchent moins de 1 000Q par mois (85 euros) dont près d’1/3 moins de 500Q (42 euros).
Des contrats instables
Même si la majorité des contrats sont des contrats écrits, la plupart du temps, les travailleuses n’ont aucune copie de leurs contrats. 18 % n’ont
qu’un contrat verbal.
Des journées interminables
Selon le Code du Travail du Guatemala (article 116), une journée de travail ne peut excéder 8 heures soit 48 heures par semaine. Pourtant, dans les maquilas et les agro-industries, les femmes travaillent en moyenne 11h par jour, 6 jours par semaine voire, pour 12,4 % des ouvrières des agroindustries, 7j/7.
Des conditions de travail dangereuses
La pauvreté, les rares opportunités de travail et les menaces constantes de licenciement poussent les femmes à accepter des conditions de travail pourtant nocives pour leur santé. Debout toute la journée, même enceintes, dans l’agro-industrie ; assises sur des chaises non adaptées dans les usines de textile : dans les deux cas, en position statique et répétant pendant des heures le même mouvement.
" Elles travaillent dans des chambres froides, pour l’empaquetage des fruits et légumes destinés à l’exportation sans condition de sécurité et sans protection ", explique Aurélie Leroyer, coordinatrice du programme de Médecins du Monde sur le terrain. Même constat dans les maquiladoras : les travailleuses, sans masques ni gants de protection, inhalent toute la journée les produits chimiques utilisés pour le traitement du textile.
Des violences récurrentes
Sur les 530 ouvrières ayant participé à l'enquête, seules 56 ont déclaré n'avoir jamais subi de violences : violences verbales ou physiques, menaces de licenciement, sanctions économiques voire harcèlement sexuel qu’elles supportent par peur de perdre leur travail.
Des licenciements abusifs, des abus impunis
De nombreux entrepreneurs poussent à la démission ou licencient celles qui cherchent à défendre leurs droits, allant même jusqu’à établir des listes noires de femmes à ne pas embaucher. Faces à ces abus, les femmes n’ont que peu de recours et ces violations restent encore trop souvent impunies. « Les autorités se préoccupent plus d’appliquer les lois qui servent les intérêts des maquillas, et ce aux dépens de nos droits » témoigne M., ouvrière dans une maquila.
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mars 2010