Depuis les années 80 et surtout 90, le phénomène des enfants des rues s’est amplifié à Kinshasa. Du fait de leur mobilité d’un lieu à un autre, il est difficile de déterminer le nombre exact d’enfants des rues mais un recensement effectué en 2006 indique que 13 877 enfants mineurs vivent dans les rues de Kinshasa. Près de 70% ont entre 12 et 18 ans. 26 à 48% sont des filles. « La rue, c’est la chance ». Cette croyance populaire largement répandue leur donne l’espoir que dans la rue ils vont pouvoir trouver de quoi se nourrir et envoyer de l’argent à leur famille, voire être repérés parce qu’ils ont un don particulier…
. Cette protection a un prix, une dette qui les pousse, parce qu’elles ont « choisi » de vivre dans la rue ou qu’elles y ont été jetées, à accepter rafles, vols, viols et violences. Une réalité banalisée par la population, leur bande, les filles elles-mêmes et impunie par les autorités et la société congolaise.
Les enfants des rues souffrent d’une grande stigmatisation au sein de la société congolaise. L’opinion publique kinoise, largement reprise par les médias, évoque des solutions radicales pour se « débarrasser » de ceux que l’on appelle les « shégués », ou encore « phaseurs », et les accusent de tous les maux (vols, prostitution, drogue...) tout en les exploitant pour de multiples tâches: gardiennage de voitures, cirage de chaussures… Les enfants traînant dans les rues courent le risque d’être arrêtés, suivant un décret interdisant le vagabondage, puis d’être mis au cachot.
novembre 2009