La 1ère enquête a été réalisée par la psychologue du programme auprès de 67 filles et des principaux acteurs travaillant avec elles au travers d’entretiens individuels. La seconde a été réalisée à l’aide d’un questionnaire diffusé auprès de 200 filles et 200 garçons.
1/3 des filles ont entre 11 et 14 ans et 2/3 ont entre 14 et 17 ans. 83% d’entre elles n’ont pas été au-delà de l’école primaire. Plus des 2/3 ont encore un ou deux parents en vie. Dans 55% des cas, elles ont un « Love », un homme avec lequel elles ont une relation privilégiée et qui les protège en cas d’agression.
C’est bien souvent un croisement de circonstances qui les poussent dans la rue parmi lesquelles la maltraitance (65%), l’influence des amis (45%), la pauvreté (44%) et l’accusation de sorcellerie (41%).
D’après Patricia-Laure Pasche, psychologue sur le programme Enfants des rues de notre ONG “ lorsque les filles sont très jeunes, soit elles travaillent au marché en aidant des mamans, soit elles mendient et vivent en ramassant les déchets alimentaires qui tombent des étalages, soit elles travaillent dans des restaurants en lavant des assiettes, ou encore travaillent pour les yayas (ainés) en s’occupant de leur enfant.”
A 12 ans en moyenne elles commencent à se prostituer. Les filles nouvellement arrivées dans la rue cherchent souvent à rejoindre un groupe d’autres filles de leur âge pour intégrer leur bande et se prostituer ensemble. Elles travaillent la nuit dans des bars, des boîtes de nuit, mais plus généralement, dans la rue, sur le trottoir. Elles ont en moyenne 6 clients par jour.
7 filles sur 10 sont concernées par ce rituel violent. Elles sont dépouillées de leurs affaires personnelles et subissent des viols collectifs avec prise de drogues forcée et passage à tabac par les aînés du site où elles se trouvent. Les sévices tels que les brûlures avec des sachets plastiques fondus ou les lacérations avec des lames de rasoir, ainsi que la tonte de leurs cheveux font souvent partie du rite. La durée de ce « cérémonial » varie en fonction de la docilité de la fille. Plus la fille résiste, plus il dure jusqu’à atteindre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Les agresseurs sont en premier lieu les enfants de la rue puis les « pombas », des hommes en uniformes et les hommes du quartier. Les agresseurs se déplacent souvent en bande et connaissent les habitudes des filles des rues. Ils savent également que s’ils les trouvent, ils pourront les dépouiller de leur argent.
Quand les filles se prostituent seules, elles sont extrêmement exposées aux agressions collectives. Le risque existe également pendant leur sommeil, surtout si elles ont pris des drogues pour dormir (notamment chanvre, alcool, Valium). La menace est permanente. Beaucoup de filles racontent être victimes de violences sexuelles plusieurs fois par semaine, voire tous les jours pour certaines.
Le plus souvent les filles ne considèrent pas ou n’ont pas conscience que le fait que certains de leurs clients les prennent de force sans payer soit un viol. Mais 47,6% des filles sont prêtes à dénoncer les agresseurs.
44% des filles interrogées ont été « prises en charge » par des « sœurs aînées », les yayas, à leur arrivée dans la rue. Comme elles ne connaissent pas la vie dans la rue et qu’elles sont souvent seules, elles constituent des victimes faciles. Cette « prise en charge » consiste en réalité à de la prostitution forcée.
novembre 2009